SÉRIE #1: DR. MONNICA WILLIAMS: PLAIDER EN FAVEUR DU CHANGEMENT DANS LES PROGRAMMES ET LA FORMATION EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE

Dr. Monnica Williams

La Dre Monnica T. Williams est psychologue clinicienne certifiée, professeure, auteure, conférencière et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en innovation et équité en santé mentale à l’Université d’Ottawa. Avec plus de 200 publications évaluées par les pairs et plusieurs ouvrages influents sur le trauma racial, les microagressions et la santé mentale, la Dre Williams consacre sa carrière à faire progresser une recherche et une pratique clinique axées sur l’équité.

Au-delà du milieu universitaire, son engagement envers une communication scientifique accessible et une implication communautaire lui a permis de présenter ses travaux sur des plateformes nationales et internationales, notamment CNN, The New York Times, Toronto Star et Red Table Talk.

Nous avons eu le privilège de nous entretenir avec la Dre Williams au sujet de son parcours de recherche, de ses expériences sur le terrain et de ses réflexions sur la diversité et l’inclusion au sein des programmes de formation aux cycles supérieurs en psychologie

PARCOURS VERS UNE CARRIÈRE PROFESSIONNELLE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE

Au début de sa carrière, la Dre Williams a étudié l’ingénierie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), sans suivre aucun cours de psychologie. Cependant, son rôle au sein du Comité pour la politique éducative, où elle a aidé à sonder les étudiant·e·s sur leurs expériences éducatives, lui a permis de découvrir pour la première fois la recherche centrée sur le comportement humain et le bien-être. Cette expérience a éveillé en elle une curiosité croissante pour la psychologie et la manière dont les systèmes influencent les résultats individuels.

Cherchant à s’engager plus directement dans le domaine, la Dre Williams a ensuite complété son baccalauréat en psychologie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), puis a poursuivi ses études à l’université de Virginie où elle a obtenu un doctorat en psychologie clinique. Lors de sa formation clinique, elle s’est intéressée aux inégalités en matière de santé lorsqu’elle a constaté que les mesures d’évaluation de la psychopathologie n’avaient pas été validées auprès de différents groupes culturels et ethniques. Un moment déterminant a été lorsqu’elle a découvert qu’une mesure d’auto-évaluation largement utilisée pour le trouble obsessionnel compulsif (TOC) signalait de manière disproportionnée les personnes noires comme souffrant d’un TOC, alors que beaucoup d’entre elles ne répondaient pas aux critères diagnostiques décrits dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition (DSM‑5). Ces premières observations ont servi de base à ses travaux ultérieurs sur les préjugés raciaux, les inégalités en matière d’évaluation et les soins de santé mentale adaptés à la culture.

Son engagement à lutter contre les inégalités systémiques s’est renforcé pendant son stage clinique à l’Hôpital général de Montréal, où elle a pu observer de ses propres yeux comment les patient·e·s racisé·e·s étaient souvent victimes de préjugés et d’inégalités de traitement. Elle a expliqué : « les patient·e·s racisé·e·s ne recevaient pas le même traitement et faisaient l’objet

de préjugés qui relevaient davantage des préjugés des clinicien·ne·s que de leur réalité » (Dre Williams). Ces expériences ont renforcé sa détermination à améliorer l’accès aux soins de santé mentale, l’évaluation et le traitement des communautés marginalisées.

Aujourd’hui, grâce à son leadership au sein du Laboratoire sur la santé mentale et les disparités culturelles de l’Université d’Ottawa, la Dre Williams se concentre non seulement sur la documentation des disparités en matière de santé mentale, mais aussi sur l’analyse des systèmes qui les produisent. Comme elle l’explique, une grande partie de son travail va au- delà de l’identification des inégalités pour poser la question suivante : « Qu’est-ce que nous, en tant que clinicien·ne·s, faisons qui pourrait contribuer à ces problèmes, et comment pouvons-nous y remédier ?

INITIATIVES VISANT À PROMOUVOIR LA DIVERSITÉ DANS LES PROGRAMMES DE PSYCHOLOGIE CLINIQUE

Après plus de six ans au Canada, la Dre Williams a commencé à remarquer le manque de diversité dans le domaine de la psychologie. Curieuse d’en savoir plus sur l’ampleur du problème, elle a effectué une recherche en ligne et a contacté diverses institutions afin de connaître le nombre de membres du corps professoral et d’étudiant·e·s diplômé·e·s noirs, autochtones et de communautés racisées (BIPOC) dans les programmes de psychologie de l’Ontario. Après d’innombrables heures de recherches, elle n’a rien trouvé. Il n’existait aucune donnée démographique centralisée ou accessible au public.

Comment pouvons-nous affirmer qu’il y a un manque de diversité dans les programmes d’études supérieures en psychologie sans disposer de données concrètes pour mesurer l’ampleur réelle du problème? Comment pouvons-nous résoudre un problème que nous ne pouvons ni mesurer ni identifier clairement ? Motivée par cette lacune, la Dre Williams a décidé de prendre les choses en main, avec l’aide de ses collègues, afin de trouver ces informations. Grâce à un examen approfondi des sites web institutionnels et une analyse attentive de l’identification raciale du corps professoral, ils ont créé un tableau complet permettant de saisir l’ampleur réelle de la sous-représentation. Les résultats de leurs recherches ont ensuite été publiés dans leur article intitulé « Out of sight, out of mind: Underrepresentation of racialized faculty in Canadian Psychology » (Faber, 2025). Il est surprenant de constater que, dans 23 universités et collèges majeurs de l’Ontario, 1244 membres du corps professoral en psychologie étaient blancs, tandis que seulement 168 étaient identifié·e·s comme membres de communautés racisées (BIPOC).

Pourquoi est-ce un problème? Il est important de noter que la Dre Williams avait déjà commencé à mettre en lumière les causes structurelles de ces disparités dans des travaux antérieurs. Dans l’article intitulé « Lions at the gate: How weaponization of policy prevents people of colour from becoming professional psychologists in Canada

» (Faber, 2023), elle et ses collègues ont examiné comment les organismes de réglementation, les critères d’admission et les organisations professionnelles ont perpétué l’exclusion raciste par le biais de leurs politiques. Ils ont mis en lumière la manière dont ces systèmes, souvent présentés comme neutres, continuent de produire des résultats racistes limitant l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle pour les personnes racisées, identifiant ainsi la cause des écarts observés parmi les étudiant·e·s et membres du corps professoral BIPOC en psychologie en Ontario. Ce travail a eu une influence particulière, puisqu’il a suscité une réponse de la Société Canadienne de Psychologie traitant de ces enjeux dans leur article Canadian Psychological Association’s comment on Faber et al.’s (2023) “Lions at the gate: How weaponization of policy prevents people of colour from becoming professional psychologists in Canada” (Canadian Psychological Association, 2025).

Après tous ces travaux mettant en évidence les obstacles auxquels sont confrontés les étudiant·e·s racisé·e·s dans les programmes de psychologie au Canada, ainsi que le manque de diversité parmi les membres du corps professoral, quelle est la prochaine étape? Comment aborder ces enjeux ? Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, car la Dre Williams a déjà présenté des moyens permettant aux établissements de s’assurer que les programmes d’études supérieures en psychologie abordent ces enjeux dans son article récemment publié, intitulé Ensuring effective commitment to racial, ethnic, and cultural diversity in professional psychology graduate programmes (Williams, 2025). Dans cet article, elle aborde les moyens par lesquels les établissements peuvent modifier leurs critères et leurs politiques d’admission afin de garantir la diversité au sein de leurs programmes de cycles supérieurs en psychologie.

Avec ce corpus croissant de recherches mettant en évidence à la fois les obstacles systémiques et l’absence marquée de diversité au sein du corps professoral, la question qui se pose naturellement est: que faire maintenant? Comment les institutions peuvent-elles passer de la prise de conscience à l’action? Une question sur laquelle la Dre Williams avait déjà commencé à travailler.

Dans son récent article intitulé Ensuring effective commitment to racial, ethnic, and cultural diversity in professional psychology graduate programmes (Williams, 2025), elle formule des recommandations concrètes pour réformer les politiques d’admission, les structures de responsabilité et les pratiques institutionnelles afin de favoriser une véritable inclusion.

Au terme de tout ce travail, vous vous demandez peut-être: pourquoi est-ce important? Comment des recherches comme celles-ci peuvent-elles favoriser le changement ? Les travaux menés par la Dre Williams et d’autres chercheur·e·s engagé·e·s permettent de montrer aux organismes de réglementation, aux institutions et aux décideurs politiques que les systèmes actuels excluent les étudiant·e·s et professionnel·le·s racisé·e·s. En rendant les inégalités visibles et en les reliant aux décisions politiques, des travaux comme les siens poussent les institutions à aller au-delà de gestes purement symboliques et à s’engager dans une réforme significative. Bien que des obstacles importants demeurent, la Dre Williams continue de défendre sans relâche pour une profession en psychologie plus inclusive, plus équitable et plus représentative des communautés qu’elle sert pour les générations à venir.

CONSEILS GÉNÉRAUX POUR INTÉGRER UN PROGRAMME D’ÉTUDES SUPÉRIEURES EN PSYCHOLOGIE

La Dre Williams a mentionné qu’il fallait identifier les mentor·e·s qui vous intéressent, déterminer s’ils mènent des travaux qui vous conviennent et discuter avec les membres du laboratoire pour vous faire une idée de l’environnement de travail. Ce sont des étapes essentielles pour naviguer parmi les candidatures aux études supérieures et déterminer si un laboratoire vous convient.

Cependant, elle prévient que même en faisant tout « correctement », l’admission n’est pas garantie. La réalité est que les opportunités sont limitées, en particulier pour les étudiant·e·s marginalisé·e·s, et qu’il est donc parfois nécessaire de faire preuve de flexibilité. Elle a donc souligné l’importance de se constituer un réseau de soutien solide composé de pairs et des mentor·e·s qui comprennent le processus, de trouver des allié·e·s qui peuvent vous encourager et vous soutenir, et de se préparer à relever des défis tout en se rappelant que les barrières systémiques ne constituent pas des échecs personnels.

« Ce sera parfois un combat difficile , mais cela en vaut la peine
quand on arrive de l’autre côté»

(Dre Williams)

Special thanks to Dr. Monnica Williams for sharing her insights into her work and psychology graduate programs!


REFERENCES

Canadian Psychological Association. (2025). Canadian Psychological Association’s comment on Faber et al.’s (2023) “Lions at the gate: How weaponization of policy prevents people of colour from becoming professional psychologists in Canada”. Canadian Psychology / Psychologie Canadienne. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/cap0000434

Faber, S. C., Strauss, D., Dasgupta, A., & Williams, M. T. (2025). Out of sight, out of mind: Underrepresentation of racialized faculty in Canadian psychology. Academia Mental Health and Well-Being, 2(2). https://doi.org/10.20935/MHealthWellB7762

Faber, S. C., Williams, M. T., Metzger, I. W., MacIntyre, M. M., Strauss, D., Duniya, C. G., Sawyer, K., Cénat, J. M., & Goghari, V. M. (2023). Lions at the gate: How weaponization of policy prevents people of colour from becoming professional psychologists in Canada. Canadian Psychology / Psychologie Canadienne, 64(4), 335–354. https://doi.org/10.1037/cap0000352

Williams, M. T., Madsen, J., Fontanilla, C. C., & Faber, S. (2025). Ensuring effective commitment to racial, ethnic, and cultural diversity in professional psychology graduate programmes. Canadian Psychology / Psychologie Canadienne. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/cap0000447