Mois de l’histoire des noirs : Dre Cranla Warren

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Photo: Enje Daniels Photography

Dre Cranla Warren
La Dre Cranla Warren est la vice-présidente du développement du leadership à l’Institute for Health and Human Potential. Son travail est axé sur le leadership et le mentorat, à la fois auprès des professionnelles et des jeunes filles noires.

À propos de Dre Cranla Warren

« Tu es ma thérapeute depuis nos 13 ans. »

L’amie d’enfance de la Dre Cranla Warren a communiqué avec elle pour la féliciter d’avoir été nommée parmi les 100 femmes noires canadiennes les plus remarquables de 2022 (voir Top 100 Accomplished Black Canadian Women for 2022). Elle affirme ne pas avoir été surprise de l’honneur rendu à la Dre Warren, puisqu’elle aide les gens depuis aussi loin qu’elle se souvienne, en jouant entre autres le rôle de « thérapeute » auprès de ses amis, et ce, dès son plus jeune âge. « Je n’ai jamais douté que tu serais thérapeute, comme tu as été la mienne depuis mes 13 ans! Mais tu as aidé énormément de personnes au fil des ans, dont les vies ont sans aucun doute changé après t’avoir connue. »

Pour la Dre Warren, cette passion transcende le simple fait d’offrir une épaule sur laquelle pleurer ou une oreille attentive. Elle est celle vers qui tous ses amis se tournent pour parler de leurs difficultés ou de leurs problèmes, et elle commence à étudier sérieusement ce qui motive et stimule les gens. Elle commence à lire des ouvrages de psychologie; ils étaient plutôt rares dans les années 1970, mais elle lit tous ceux qu’elle arrive à dénicher, comme les livres de la Dre Joyce Brothers, l’une des seules femmes psychologues renommées à cette époque.

« À l’adolescence, je suis devenue une étudiante du comportement humain, lisant tout ce qui me tombait sous la main, tentant de comprendre tout ce que je pouvais. J’ai réalisé que c’était la voie que je voulais emprunter, mais l’itinéraire fut très sinueux. »

Son parcours débute en travail social, puis elle se dirige vers la psychothérapie, pour finalement aboutir en affaires. À travers toutes ces expériences, la Dre Warren poursuit son étude du comportement humain, trouvant le moyen de nouer des liens avec les gens à toutes les étapes de son parcours. Elle obtient son doctorat en psychologie des organisations. Elle est actuellement la vice-présidente du développement du leadership à l’Institute for Health and Human Potential (IHHP), où elle se spécialise en culture organisationnelle et (comme son titre l’indique) en développement du leadership.

Une large part de son succès en tant que psychologue, professionnelle et personne vient de son habileté à comprendre les autres. Mais ce succès n’a pas été facile à atteindre. En réalité, tout a débuté de façon plutôt chaotique.

« Ne cherche pas à devenir psychologue, ce n’est pas dans tes cordes car tu auras trop d’obstacles à surmonter. Choisis quelque chose de réalisable, comme devenir secrétaire. »

Ce conseil est donné à une jeune Cranla Warren par un conseiller en orientation avant qu’elle ne fasse une demande à l’université, avant qu’elle ne façonne son cheminement de carrière, et avant que le titre de « Dre » ne soit inscrit devant son nom. Ce qui joue en sa défaveur : elle est une jeune fille noire, quelqu’un pour qui la réussite scolaire est peu probable, et pour qui le parcours vers le succès serait parsemé de dizaines d’obstacles inexistants pour les autres. Elle surmonte ces obstacles grâce, dit-elle, à une famille qui la soutient et à une succession de formidables mentors rencontrés non seulement à l’école, mais plus tard, tout au long de sa vie professionnelle.

« Je suis très chanceuse, j’en prends conscience tous les jours. J’ai eu d’incroyables mentors à chaque étape de mon parcours professionnel. Par contre, j’estime aussi que je suis allée activement les chercher. Ce n’est pas tout le monde qui sait comment être proactif à cet égard. Lorsque j’ai été embauchée par une entreprise pharmaceutique, j’avais travaillé dans un hôpital où j’étais clinicienne, mais je n’avais jamais travaillé dans une entreprise. J’avais donné une conférence, quelqu’un l’avait vue, et ils ont adoré ce que j’avais présenté, et ils savaient que j’étais une défenseure de la santé mentale. Ils voulaient une personne comme moi dans leur groupe d’éducation médicale. On m’a mise en contact avec les gens qui occupaient les postes de pouvoir et ils ont dit “Je crois en ce que je vous vois faire et je vais vous aider à monter dans cette entreprise”. Même si éventuellement, cela aurait pu mettre leur carrière en danger. Mes supporteurs, mentors et parrains du monde des affaires ont toujours été des hommes blancs, puisque c’est eux qui détenaient traditionnellement les sièges du pouvoir. »

Cette approche proactive dans les efforts de trouver des mentors et des parrains au sein d’une organisation est une dimension que transmet la Dre Warren à plusieurs professionnelles qui communiquent avec elle précisément à cette fin.

« On communique avec moi assez fréquemment, des femmes noires et des femmes de couleur en particulier, qui disent vouloir apprendre à briser le plafond de verre, tel qu’il existe dans leurs organisations. Elles veulent être des dirigeantes dans leur entreprise. Mais elles se heurtent continuellement à tant d’obstacles systémiques qu’elles ne savent pas comment s’y prendre. Je suis formée en coaching, et j’aide à les coacher en créant un plan de développement distinct de leurs organisations, pour les mener sur la voie du leadership. Cela commence surtout par la connaissance de soi, l’intelligence émotionnelle, votre façon de vous présenter. À partir de là, ça s’étend à l’organisation elle-même. Qui peut agir en tant que mentor pour elles? Qui pourrait être un parrain éventuel? Les femmes noires sont fréquemment ignorées et elles sont invisibles dans plusieurs organisations. »

La Dre Warren a déconstruit son propre parcours afin de cerner où se situent les obstacles, où se concentrent les sièges du pouvoir, et ce qu’il faut pour percer dans les organisations, particulièrement pour les femmes noires.

« À moins de compter sur une personne qui a son mot à dire et prend part aux décisions, et qui plaide en votre faveur, qui est votre champion, votre parrain, qui parle de vous et de vos habiletés quand vous n’êtes pas présente, il est très, très difficile d’avancer. »

Après avoir déconstruit son propre parcours et contribué à créer celui qui permettrait à plusieurs femmes noires de réussir dans les organisations de toute l’Amérique du Nord, la Dre Warren ne s’est pas arrêtée là. L’idée du mentorat, et la valeur qu’il transmet sont au cœur de sa philosophie à tout point de vue. Elle transmet également cette idée aux femmes et aux filles de sa région.

« Je suis mentore auprès des femmes et des filles noires depuis peut-être 20 ans. Au cours de la dernière décennie, très formellement, sous l’égide d’un groupe de coordination appelé Trust 15, où j’ai travaillé avec la fondatrice, Marcia Brown, pour offrir diverses expériences aux personnes inscrites à ses programmes Girls on the Rise et Ladies on the Rise. Elles n’avaient jamais rencontré auparavant une personne qui avait mon niveau d’instruction, et je me rendais à Toronto pour être un modèle, pour être une mentore, pour les soutenir dans leurs efforts de créer efficacement leurs rêves, et par la suite, élaborer un plan pour les réaliser. »

La Dre Warren a mis sur pied un programme qui permet à de jeunes Noires des quartiers défavorisés dont elle est la mentore de se rendre à Stratford, où elle vit, pour assister au célèbre festival du même nom. Elles ont la possibilité de visiter l’entrepôt et de rencontrer toutes sortes de personnes impliquées dans les productions théâtrales, des acteurs aux décorateurs. Elles sortent de cette expérience avec un sentiment nouveau de ce qui est possible. “Vraiment, on peut travailler dans la conception de costumes, la création d’accessoires ou la fabrication de perruques? Vous voulez dire que ça pourrait être de véritables emplois?” »

« Le conseil que m’a donné mon conseiller d’orientation [de ne pas viser trop haut] date des années 1970, et nous voilà dans les années 2020, et les jeunes filles noires entendent toujours le même message. Nous les emmenons donc en autobus à Stratford, en partenariat avec le festival, et nous leur offrons un tout nouveau regard sur le monde. C’est une expérience incroyable que de se promener le long de la rivière et de déjeuner à l’extérieur – des choses que ces filles n’ont généralement pas l’occasion de faire dans leur propre quartier. »

Pour les jeunes filles noires des quartiers défavorisés de Toronto, le simple fait d’être exposées à un monde de possibilités jusqu’ici inconnu peut ouvrir des portes, créer des rêves et des cheminements de carrière qui peuvent leur sembler inatteignables. Pour celles qui se lancent dans la réalisation de ces rêves, la valeur du mentorat reste tout aussi élevée, ce qui reste, à tout moment, une priorité pour la Dre Warren.

« En réalité, c’est grâce à mon mentor-parrain de l’industrie pharmaceutique, un homme blanc qui occupait un poste à la vice-présidence, que je suis maintenant ici à l’IHHP [Institute for Health and Human Potential]. Lorsqu’ils cherchaient quelqu’un, il leur a dit : “Voilà la personne dont vous avez besoin”. C’est toujours une question de savoir “qui est votre champion de l’intérieur?” »

Pour beaucoup trop de femmes et de filles noires au Canada et aux États-Unis, la réponse à cette question est « personne ». Mais plusieurs d’entre elles auront une réponse, si jamais on leur pose la question.

« Qui vous soutient? »

« La Dre Cranla Warren. »