Février, c’est le Mois de l’histoire des noirs
Nous savons qu’il existe des liens étroits entre le fait de subir le racisme et les problèmes de santé physique et mentale des populations racisées. Que ce soit en raison de leur réticence à demander des services, du manque de services culturellement adaptés, du manque de formation aux approches antiracistes des soins et/ou du nombre insuffisant de professionnels de la santé noirs, les personnes racisées ont souvent du mal à recevoir un soutien efficace en matière de santé mentale, et ce, en temps opportun. Que ce soit dans nos écoles ou nos établissements de santé, nous devons faire mieux. Cette année, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, nous mettrons en lumière des organisations et des groupes qui s’efforcent de lutter contre la stigmatisation, de fournir des services de santé mentale adaptés à la culture et de mener des recherches qui intègrent et accueillent les communautés noires dans l’environnement de la santé mentale.
Profils

Les systèmes ont leurs habitudes. Les politiques et les pratiques ont été élaborées sur plusieurs décennies, généralement sans que les personnes noires soient consultées. Ces habitudes sont ensuite transmises, défendues comme “la façon dont nous avons toujours procédé” et appliquées comme si elles étaient neutres, même lorsqu’elles ne le sont pas. La Dre Linda Iwenofu, présidente de la Section de la psychologie des Noirs de la SCP, écrit sur le rôle de la psychologie dans la lutte contre le racisme et sur le génie des Noirs qui brille dans des environnements qui envoient des messages contradictoires quant à la légitimité de ce génie.
La plupart d’entre nous désirent la même chose lorsque nous entrons dans une pièce.
Nous voulons avoir l’impression d’y être chez nous. Comme si l’espace avait été conçu en pensant à nous. Comme si nous n’avions pas à nous faire petits, à nous justifier ou à prouver que nous méritons d’être là.
Au Canada, nous aimons nous considérer comme un pays accueillant. Nous mettons en avant notre diversité, notre Charte, les exemples que nous donnons pour montrer que nous sommes plus bienveillants ou plus tolérants que d’autres pays. Et à bien des égards, les choses ont changé. Les lois en vigueur ne sont plus ce qu’elles étaient. On voit désormais des visages noirs à des endroits où, il n’y a pas si longtemps, les Noirs n’étaient ni autorisés ni censés se trouver.
Et pourtant, pour de nombreux Noirs au Canada, l’impression de ne pas tout à fait faire partie de la société reste très présente.
Cela se manifeste par les regards qui s’attardent un peu trop longtemps dans un magasin. Chez l’enseignant qui s’empresse de déceler un « problème de comportement » chez un enfant noir et un « potentiel » chez un enfant blanc. Lors d’un entretien d’embauche, lorsqu’on n’est jamais vraiment sûr si « ne cadre pas avec les besoins de l’entreprise » signifie « ne correspond pas à l’idée que l’on se fait du succès ».
Les chiffres le confirment également : qui est le plus susceptible d’être arrêté par la police, qui se retrouve devant un juge, qui a accès à des soins de santé en temps opportun, qui est cru lorsqu’il dit être en détresse. Les détails changent, les gros titres changent, mais le schéma reste obstinément répandu.
Si la situation est censée être « meilleure aujourd’hui », pourquoi cela se produit-il encore?
C’est la question qui est au cœur du présent article. C’est une question qui interpelle les enfants, les jeunes, les parents, les personnes âgées noirs qui ont connu de nombreux cycles de « progrès » et de déception.
En théorie, nous avançons. En pratique, le racisme envers les Noirs a la fâcheuse tendance à réapparaître sous de nouvelles formes, dans de nouveaux systèmes, dans de nouveaux mots. Une école a supprimé la ségrégation, mais les étudiants noirs sont toujours exclus des cours enrichis. Une entreprise lance une initiative en faveur de la diversité, mais sa culture d’entreprise punit discrètement ceux qui osent s’exprimer. Un pays célèbre le Mois de l’histoire des Noirs, mais hésite à parler honnêtement de son propre rôle dans la lutte contre le racisme envers les Noirs.
Du point de vue psychologique, que se passe-t-il?
La psychologie est censée être la science qui étudie la façon dont les gens pensent, ressentent et se comportent. Elle dispose d’outils pour nous aider à comprendre pourquoi nous nous accrochons à certains discours sur nous-mêmes, pourquoi nous refusons de voir l’injustice et pourquoi changer les règles officiellement ne revient pas à changer les cœurs, les habitudes et le pouvoir. La psychologie dispose également d’un corpus croissant de travaux, dont une grande partie est menée par des chercheurs et des communautés noires, qui abordent directement les conséquences du racisme sur la santé mentale, ainsi que la force et la créativité sur lesquelles les Noirs s’appuient pour survivre et s’épanouir.
Dans le même temps, la psychologie n’a pas toujours été un observateur neutre face à tout cela. Elle a été utilisée pour justifier l’exclusion et les inégalités, et elle a souvent considéré les expériences des Blancs comme étant la norme. Au Canada, les Noirs ont, pendant une grande partie de leur histoire, été bien plus étudiés qu’écoutés.
Plutôt que de raconter de nouveau l’histoire des Noirs uniquement à travers des récits douloureux, nous commencerons par parler du génie et de la persévérance des Noirs au Canada. Nous examinerons, au-delà de ces récits, les règles tacites qui leur ont fait croire qu’ils n’avaient pas leur place, ainsi que les communautés qui ont insisté pour prouver le contraire.
Nous utiliserons ensuite un angle psychologique — et plus particulièrement une analyse de la façon dont les personnes qui détiennent le pouvoir se perçoivent et protègent leur confort — pour expliquer pourquoi, même lorsque la surface change, ces règles non écrites continuent de ressurgir. Pourquoi, même si de nouvelles lois sont promulguées, nous continuons à ressentir les anciens schémas. Pourquoi certaines personnes se sentent personnellement attaquées par l’idée même de parler de racisme. Pourquoi l’idée que « nous sommes tous égaux désormais » peut être si réconfortante, même lorsque les faits prouvent le contraire.
Enfin, nous mettrons l’accent sur la psychologie des Noirs au Canada : des psychologues, des chercheurs et des communautés noirs qui nomment ces schémas prennent soin de ceux qui en souffrent et imaginent un avenir meilleur. Et nous voulons demander ce qu’il faudrait, non seulement en paroles, mais aussi en pratique, pour que les Noirs trouvent véritablement leur place dans la psychologie et dans la société, ici au Canada.
Ce n’est pas une histoire qui parle de méchants et de héros. C’est une histoire qui raconte comment les systèmes nous enseignent ce qui est « normal », quels sentiments importent et quelles expériences sont ignorées. Comment ces leçons s’ancrent-elles dans nos esprits et nos institutions? Et comment pouvons-nous, ensemble, les désapprendre?
Si nous voulons vraiment honorer l’histoire des Noirs au Canada et bâtir un avenir différent, nous devons être prêts à examiner de près pourquoi le racisme ne cesse de ressurgir et à écouter attentivement les personnes qui en subissent les conséquences depuis le plus longtemps.
La psychologie a un rôle à jouer dans cette démarche. La psychologie des Noirs aussi. La question qu’il faut se poser maintenant est « Sommes-nous prêts à utiliser les connaissances que nous avons? »
Le génie des Noirs a toujours été là
Lorsqu’on parle de racisme anti-Noirs, il est facile de réduire le discours à la seule souffrance, aux seuls obstacles, aux seuls préjudices. Mais cela n’a jamais représenté toute la réalité.
Depuis le tout début, les Noirs de ce qui est aujourd’hui le Canada ont construit, enseigné, organisé, géré des entreprises, élevé des familles et imaginé un avenir meilleur, même lorsque les règles en vigueur les excluaient.
Par exemple, Mary Bibb.
Mary était enseignante, journaliste et abolitionniste. Elle et son mari Henry s’installèrent dans ce qui est aujourd’hui Windsor, en Ontario, dans les années 1850, à l’époque où des milliers de réfugiés noirs fuyaient l’esclavage aux États-Unis et cheminaient vers le Canada. Windsor était un endroit où les enfants noirs étaient souvent refusés dans les écoles locales ou relégués dans des établissements de moindre qualité. Le message était clair : vos enfants n’ont pas leur place dans les mêmes classes et accès aux mêmes ressources que les enfants blancs.
La réaction de Mary a été de refuser d’accepter ce message. Elle a plutôt décidé de contribuer à construire autre chose.
Elle a fondé des écoles pour enfants et adultes noirs de la communauté, et elle a utilisé ses compétences d’écrivaine et d’éditrice pour cocréer The Voice of the Fugitive, un journal qui diffusait des informations, offrait des conseils et aidait les nouveaux arrivants à trouver leur place. Son travail était à la fois éducatif, communautaire et thérapeutique : une façon de dire aux personnes qui avaient perdu tant de choses qu’elles n’étaient pas seules et que leur vie et leur histoire étaient importantes.
Psychologiquement, ces choix comptent. Quand un système dit aux enfants : « Vous êtes une considération secondaire », fonder une école qui dit : « Vous méritez qu’on investisse en vous » n’est pas seulement une solution logistique, mais aussi un acte de réparation en profondeur. Cela envoie un message différent sur qui mérite d’être soutenu, d’apprendre, d’avoir un avenir.
Près d’un siècle plus tard, à l’autre bout du pays, une autre femme noire envoyait un message similaire, mais d’une manière très différente.
Viola Desmond était une entrepreneuse et esthéticienne prospère en Nouvelle-Écosse. Elle dirigeait une école d’esthétique qui formait et encadrait de jeunes femmes noires, les préparant à créer leur propre entreprise à une époque où très peu de portes leur étaient ouvertes. Son travail quotidien était consacré à la dignité : aider les femmes noires à se considérer comme dignes d’attention, de compétences et de financement.
En 1946, lorsque sa voiture est tombée en panne dans la ville de New Glasgow, Viola a décidé de passer le temps en allant voir un film au cinéma local. Elle a acheté son billet et s’est assise au parterre, près de l’écran. Elle a vite découvert que le théâtre suivait une règle tacite : les clients noirs étaient censés s’asseoir au balcon.
Comme elle refusait de bouger, elle a été traînée hors du cinéma, arrêtée et inculpée — non pas pour violation d’une loi sur la ségrégation (il n’y en avait pas dans la loi), mais pour un délit fiscal mineur. L’État a trouvé un prétexte technique pour la punir d’être assise là où elle n’était pas « censée » s’asseoir.
Encore une fois, le message était clair : vous pouvez diriger une entreprise, vous pouvez former des gens, vous pouvez payer votre billet, mais vous n’avez toujours pas votre place à certains endroits. Peu importe ce que dit la loi, nous trouverons toujours des moyens de vous exclure.
Et encore une fois, la réaction a été un refus d’accepter ce message. Viola et ses partisans ont choisi de contester l’accusation, de parler publiquement de ce qui s’était passé et de dénoncer la ségrégation silencieuse et « officieuse » que beaucoup préféraient ignorer. Son refus, et les poursuites judiciaires qui s’ensuivirent seront plus tard reconnus comme un moment clé de l’histoire des droits civiques au Canada.
Mary Bibb et Viola Desmond ont vécu à des siècles différents, dans des régions différentes du pays, sous des législations différentes. Mais leur histoire résonne comme un écho.
Dans les deux cas, les femmes noires s’occupaient déjà de construire une communauté, d’éduquer, de mettre en valeur la beauté et d’ouvrir des possibilités nouvelles. Dans les deux cas, elles se sont heurtées à des règles, officielles et non officielles, qui tentaient de les marginaliser, elles, leurs étudiantes et leurs communautés. Et dans les deux cas, elles ont opposé une résistance.
Si nous ne considérons ces histoires que comme des récits de courage individuel, nous passons à côté de quelque chose d’important.
Nous omettons de reconnaître à quel point les questions d’appartenance sont profondément ancrées dans nos systèmes :
- - Qui est un étudiant, un client, un consommateur ou un citoyen « convenable »?
- - Qui est autorisé à occuper de l’espace dans une salle de classe, une entreprise ou un cinéma?
- - Le confort de qui est protégé, et l’inconfort de qui est ignoré?
Les écoles et le journal de Mary Bibb étaient une riposte à un monde qui prétendait que l’esprit des enfants noirs n’avait pas autant d’importance que celui des autres. L’entreprise de Viola Desmond et sa décision de rester assise à sa place étaient une réponse à un monde qui affirmait que les femmes noires pouvaient travailler, mais devaient tout de même rester « à leur place ».
D’un point de vue psychologique, ce ne sont pas seulement des anecdotes historiques. Ce sont des études de cas anciennes d’une situation que nous observons encore aujourd’hui : le génie des Noirs qui resplendit dans des environnements qui envoient des messages contradictoires quant à la légitimité de ce génie.
Nous garderons ces histoires à l’esprit lorsque nous nous pencherons sur les « causes profondes » : les croyances, les habitudes et les règles non écrites qui permettent au racisme de survivre même après des changements législatifs, ainsi que sur la manière dont la psychologie des Noirs au Canada nous aide à nommer ces schémas et à imaginer un avenir meilleur.
Que se passe-t-il sous la surface?
Quand on examine des histoires comme celles de Mary Bibb et de Viola Desmond, on est tenté de les ranger dans la catégorie des « choses malheureuses qui se sont produites il y a longtemps ».
Les lois ont changé. Les affiches ont disparu. Il n’y a pas d’inscriptions « Réservé aux Blancs » sur les sièges des salles de cinéma ni d’entrées « pour les personnes de couleur » sur les portes des écoles. Pourquoi ces schémas semblent-ils si familiers?
D’un point de vue psychologique, certains points communs sous-tendent ces moments et persistent encore aujourd’hui.
Qui est considéré comme « normal »?
À l’époque de Mary comme à celle de Viola, il existait un a priori tacite sur les personnes auxquelles le Canada était « destiné ».
L’image par défaut d’un citoyen, d’un étudiant, d’un client ou d’un professionnel « normal » était celle d’une personne blanche. Les Noirs pouvaient être présents, mais nous étions souvent traités comme des exceptions, comme des visiteurs, ou comme des problèmes à gérer.
Ce genre d’a priori ne figure pas toujours dans les règles officielles. Il se manifeste dans :
- - à qui les gens pensent lorsqu’ils disent « Canadien »
- - les noms qui figurent sur les bâtiments
- - les personnes dont nous voyons les visages à des postes de direction
- - les élèves dont les enseignants s’attendent inconsciemment à ce qu’ils excellent.
Quand vous faites partie du groupe considéré comme « normal », vous n’avez généralement pas à y penser. Le monde vous convient parfaitement. Votre accent, vos cheveux, votre régime alimentaire, vos vacances, votre histoire familiale, tout cela semble banal.
Quand on ne fait pas partie de ce groupe, on nous rappelle constamment, parfois bruyamment, parfois de manière subtile, que l’on est jugé selon l’idée que quelqu’un d’autre se fait de ce qui « convient ».
Ces règles non écrites définissant ce qui est « normal » sont puissantes. Elles façonnent la manière dont les politiques sont élaborées, dont les décisions sont prises et dont les personnes sont traitées, souvent sans que personne ne le conteste.
La peur de perdre quelque chose
Chaque fois que des personnes marginalisées commencent à se faire entendre — en exigeant l’égalité d’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement et aux espaces publics —, les membres du groupe « normal » peuvent avoir l’impression qu’on leur enlève quelque chose.
Même si rien de concret n’est perdu, le sentiment d’être mis à mal peut être pénible. Des questions comme :
- - « S’ils emménagent ici, notre quartier changera-t-il? »
- - « S’ils obtiennent ce poste, qu’est-ce que cela signifiera pour moi? »
- - « Si nous parlons de racisme, cela signifie-t-il que je serai traité de raciste? »
Cependant, militer pour l’égalité, ce n’est pas chercher à se venger. Accueillir davantage de personnes ne signifie pas que celles qui étaient là avant ont moins de valeur.
Mais notre esprit a très vite tendance à transformer l’inconfort en un discours. Et ce discours peut ressembler à :
- - « Nous allons trop loin. »
- - « Les gens sont devenus trop sensibles. »
- - « De nos jours, tout tourne autour de la question raciale. »
Avec le temps, ces discours peuvent justifier de démanteler des programmes, de faire fi des préoccupations ou de renforcer les vieilles habitudes, tout en insistant sur le fait que « ce n’est pas une question de race ».
Les histoires que nous racontons au sujet de l’équité
La plupart d’entre nous aiment nous considérer comme des personnes justes et respectables vivant dans un pays juste et respectable. Cela fait partie de notre mémoire collective.
Ainsi, lorsque des preuves de racisme apparaissent, lorsque nous constatons des contrôles policiers disproportionnés, ou des mesures disciplinaires scolaires plus sévères à l’égard des enfants noirs, ou encore des cas de discrimination à l’embauche, il en résulte une certaine tension intérieure.
Deux vérités ne peuvent pas coexister :
- - « Nous sommes justes et le racisme est en grande partie éradiqué » et
- - « Les Noirs sont encore traités injustement à cause de leur race. »
Pour apaiser ces tensions, il est souvent plus facile de remettre en question les preuves que de remettre en question le tableau réel. Ainsi, nous entendons :
- - « Es-tu sûr que c’était une question de race? »
- - « Peut-être qu’ils ont simplement mal compris. »
- - « C’était une autre époque. »
- - « Nous faisons mieux que les autres pays, n’est-ce pas? »
Ce ne sont pas que des excuses individuelles. Ce sont des boucliers psychologiques. Ils protègent notre vision de nous-mêmes et de nos institutions, mais à quel prix! Il devient plus difficile de voir les schémas, d’écouter attentivement les expériences des Noirs et d’apporter des changements qui vont au-delà des solutions superficielles.
D’anciennes règles dans de nouveaux vêtements
Même lorsqu’on change les règles écrites, les anciennes règles tacites finissent toujours par ressurgir.
Nous l’observons lorsque :
- - des écoles qui ne pratiquent plus la discrimination continuent d’exclure les étudiants noirs des cours enrichis.
- - les lieux de travail qui mettent à l’honneur publiquement la diversité récompensent encore ceux qui « ne font pas de vagues ».
- - des systèmes de santé qui promettent l’égalité d’accès finissent encore par douter de la douleur des patients noirs ou par ignorer leurs préoccupations.
Personne n’installe de nouveaux panneaux « Réservé aux Blancs ». Mais l’effet peut sembler étrangement familier.
Cela s’explique en partie par le fait que les systèmes ont leurs habitudes. Les politiques et les pratiques se mettent en place sur des décennies, généralement sans que les Noirs soient consultés. Ces habitudes sont ensuite transmises, défendues comme « la façon dont nous avons toujours procédé » et appliquées comme si elles étaient neutres, même lorsqu’elles ne le sont pas.
La psychologie nous aide à comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de quelques « éléments perturbateurs ». C’est plutôt :
- - le confort d’être perçu comme étant « normal »
- - la peur de perdre son statut
- - les idées auxquelles nous nous accrochons au sujet de l’équité
- - les habitudes institutionnelles qui continuent de se perpétuer en coulisses.
Tout cela peut entretenir des règles injustes longtemps après que les justifications initiales ont été discréditées ou oubliées.
Pour les Noirs au Canada, cela ne se manifeste pas comme une théorie abstraite. Cela se manifeste dans la vie quotidienne. Lors des réunions à l’école, des entretiens d’embauche, des rendez-vous chez le médecin, dans les quartiers, dans les calculs silencieux pour déterminer quand parler et quand se taire.
C’est dans ce contexte que les communautés noires ont dû évoluer pendant des générations.
Intéressons-nous maintenant plus directement à la psychologie des Noirs au Canada — aux personnes qui étudient ces schémas, qui offrent un espace aux personnes touchées et qui nous aident à imaginer à quoi ressemblerait la mise en place de systèmes où les Noirs ne font pas que figurer dans la pièce, mais y ont véritablement leur place.
Psychologie des Noirs au Canada : donner du sens, susciter le changement
S’il n’y avait que ces schémas et ces problèmes, le tableau serait plutôt sombre.
Mais le portrait n’est pas complet.
Parallèlement aux systèmes qui ont tenté de restreindre la vie des Noirs, un autre courant a toujours existé : les Noirs qui donnent un sens à ce qui leur arrive, qui prennent soin les uns des autres, qui élèvent leurs enfants pour qu’ils survivent et s’épanouissent, et qui créent des espaces où ils peuvent respirer.
Bien avant que quiconque ne parle de « psychologie », les parents, grands-parents, tantes, oncles, enseignants, pasteurs et voisins noirs jouaient chaque jour le rôle de psychologue :
- - en aidant les enfants à comprendre pourquoi ils sont traités différemment sans les tenir pour responsables.
- - en offrant des mots pour exprimer des sentiments qui n’ont pas encore de nom
- - en avertissant leurs proches des dangers réels tout en entretenant l’espoir
Autrement dit, les communautés noires n’ont jamais été passives face au racisme. Elles l’ont toujours étudié, interprété et abordé sous un angle profondément psychologique, même lorsque leurs noms ne figuraient pas dans les articles de revues ou sur les portes des cliniques.
Au fil du temps, ce travail a commencé à faire son apparition dans le domaine de la psychologie au Canada.
Les psychologues, les chercheurs et les étudiants noirs ont posé différentes questions, conçu différents types d’études et insisté sur le fait que les Noirs ne sont pas seulement des « sujets », mais aussi des experts de leur propre vie. Ils ont travaillé dans des cliniques, des écoles, des universités et des milieux communautaires, essayant de combler le fossé entre ce que disent les recherches, ce que disent les communautés et ce qui se passe réellement dans les services psychologiques et les soins de santé mentale en général.
En 2021, un groupe de psychologues et de professionnels noirs de la Société canadienne de psychologie s’est réuni pour créer quelque chose de tout à fait inédit : la Section de la psychologie des Noirs. Leur objectif était simple, mais ambitieux : créer un lieu dédié au domaine de la psychologie des Noirs au Canada et veiller à ce que les questions touchant les Noirs ne soient pas considérées comme accessoires, mais comme un élément central de la réflexion de la profession sur la santé mentale et le bien-être.
La section se consacre, notamment, à ce qui suit :
- - Soutenir les psychologues, les stagiaires et les chercheurs noirs, qui sont encore très peu nombreux au pays.
- - Créer des espaces où les membres noirs peuvent partager leurs expériences, leurs ressources et leurs stratégies sans avoir à expliquer au préalable les bases du racisme.
- - Mettre en lumière les recherches et les pratiques qui répondent directement aux besoins, aux forces et aux réalités des communautés noires.
- - Inciter la discipline dans son ensemble à prendre au sérieux le racisme anti-Noirs, dans la formation, l’éthique et la pratique quotidienne.
En dehors de la psychologie officielle, des organismes et des groupes communautaires dirigés par des Noirs interviennent également là où les systèmes sont défaillants, en proposant des services de counseling, des groupes de soutien, des ateliers et des actions de défense des intérêts fondées sur les expériences et les priorités des Noirs. Bon nombre de ces initiatives mêlent des outils psychologiques occidentaux à des approches afrocentriques, religieuses ou communautaires qui paraissent plus naturelles et dignes de confiance aux personnes auxquelles elles s’adressent.
Lorsque nous parlons ainsi de « psychologie des Noirs », nous entendons tout ce qui suit :
- - la sagesse et la bienveillance quotidiennes qui ont permis aux Noirs de tenir bon
- - l’ensemble croissant de recherches et d’études cliniques canadiennes qui placent au centre de leur travail les expériences des Noirs
- - les efforts concertés, comme la Section de la psychologie des Noirs de la SCP et les initiatives de santé mentale menées par des Noirs, qui tentent de faire évoluer le domaine de l’intérieur
La psychologie des Noirs ne nie pas les préjudices que cause le racisme. Elle le nomme clairement – parfois avec les mots « traumatisme », « stress », « dépression » ou « anxiété », parfois avec les mots « épuisement », « colère », « torpeur » ou « tenter simplement de passer la semaine ».
Mais elle ne s’arrête pas là.
Elle accorde également une attention particulière à :
- - La gaîté noire : les moments de rire, de jeu et de célébration qui ne sont pas naïfs, mais provocants
- - Le lien noir : les amitiés, la parenté et la famille choisie qui les saisissent lorsque les systèmes échouent
- - La créativité et la spiritualité noire : l’art, la musique, le style et la foi qui permettent aux gens d’exprimer la douleur et l’espoir en même temps
- - Le potentiel noir : la détermination à imaginer un avenir meilleur, non seulement pour les individus, mais aussi pour des communautés entières
Vu sous cet angle, les Noirs ne sont pas simplement des personnes à aider. Ce sont aussi des personnes qui s’entraident constamment et qui ont beaucoup à apprendre à la psychologie sur la résilience, l’entraide communautaire et ce à quoi peut ressembler la guérison.
Ensuite, nous examinerons de plus près le rôle de la psychologie dans le problème et dans la solution : comment ce domaine a parfois renforcé les systèmes mêmes qui nuisent aux personnes noires, comment il a parfois contribué à les remettre en question, et ce qui doit changer aujourd’hui pour que les personnes noires trouvent véritablement leur place dans la psychologie et dans la société, ici au Canada.
Le rôle de la psychologie dans le problème — et dans la solution
Pour que la psychologie nous aide à comprendre pourquoi le racisme ne cesse de réapparaître, nous devons aussi être honnêtes quant à sa propre histoire.
Notre domaine n’est pas un observateur extérieur. Il a toujours fait partie intégrante de l’histoire.
Lorsque la psychologie a fait du tort
Pendant longtemps, la plupart des personnes qui concevaient des tests psychologiques, qui faisaient de la recherche et qui rédigeaient des manuels étaient des hommes blancs. Ils considéraient souvent leurs propres expériences comme étant normales et mesuraient toutes les autres à l’aune de cette norme.
Cela s’est manifesté de manière néfaste.
Les tests d’intelligence, par exemple, ont été élaborés et utilisés dans les systèmes scolaires et les lieux de travail en partant du principe qu’ils étaient neutres et objectifs. En réalité, ils étaient construits autour de la langue, de la culture et des expériences de vie d’enfants blancs issus de la classe moyenne. Lorsque les enfants noirs obtenaient des résultats inférieurs — non pas parce qu’ils étaient moins intelligents, mais parce que les tests n’étaient pas conçus pour eux —, ces résultats étaient utilisés comme preuve qu’ils n’avaient pas leur place dans les cours enrichis ou les études universitaires.
Des tendances similaires sont apparues dans les recherches sur le comportement et la santé mentale :
- - La colère des Noirs face au racisme pouvait être qualifiée d’« agressivité ».
- - La méfiance des Noirs envers des systèmes qui les ont maintes fois déçus pouvait être qualifiée de « paranoïa ».
- - La pression liée au fait de survivre à une discrimination constante pouvait être ignorée, tandis que tout signe de détresse était rapidement pathologisé.
Dans chaque cas, l’objectif était incliné. Au lieu de se demander « À quoi cette personne réagit-elle? », la question est devenue « Qu’est-ce qui ne va pas avec cette personne? »
Il en résultait que la psychologie servait parfois à justifier un traitement inégalitaire, au lieu de s’interroger sur les conditions qui étaient à l’origine des souffrances.
Même lorsque les psychologues ne propageaient pas activement des idées racistes, beaucoup se taisaient. Le silence peut être confortable pour les personnes qui profitent du statu quo. Mais pour celles qui sont la cible du racisme, le silence équivaut à un consentement.
Mais cela ne reflète pas toute la réalité.
Lorsque la psychologie a aidé
Il y a eu des moments où la recherche en psychologie a contribué à mettre en lumière la réalité du racisme d’une telle manière qu’il était difficile de l’ignorer.
Des études ont permis de mettre des mots sur les expériences dont les communautés noires parlent depuis des générations et de les étayer par des preuves.
- - le racisme intériorisé — comment grandir dans un monde qui dévalorise l’identité noire peut influencer la façon dont les enfants noirs se perçoivent eux-mêmes
- - la menace du stéréotype — comment la crainte de confirmer les stéréotypes négatifs peut nuire aux performances scolaires ou professionnelles
- - les microagressions - les commentaires et les affronts du quotidien qui véhiculent le message « tu n’as pas ta place ici »
- - le traumatisme racial – l’impact profond et persistant du racisme sur la santé mentale et physique
Les psychologues noirs et leurs alliés ont utilisé ces outils pour contester les politiques, changer la façon dont les services sont fournis et préconiser des approches qui prennent le racisme au sérieux, plutôt que de le traiter comme un simple bruit de fond.
Autrement dit, le domaine même qui a autrefois contribué à alimenter les idées racistes a également été utilisé pour les dénoncer et pour changer les choses.
Qu’est-ce qui doit changer désormais
Aujourd’hui, au Canada, la psychologie est à la croisée des chemins.
Nous en savons aujourd’hui plus que jamais sur les effets néfastes du racisme sur la santé mentale. Nous savons que les approches qui ignorent les différences raciales ne fonctionnent pas. Nous savons qu’ignorer la race ne fait pas disparaître les inégalités, cela ne fait que les rendre plus difficiles à aborder.
La question est : comment utiliser ces connaissances?
Certains des changements nécessaires sont importants et structurels; d’autres sont petits et quotidiens. Ils sont tous importants.
- - Formation et éducation
- - Si vous étudiez pour devenir psychologue au Canada, l’apprentissage sur la santé mentale des Noirs et le racisme anti-Noirs ne devrait pas être facultatif. Il devrait être intégré à l’ensemble de vos cours, de vos lectures, de vos discussions de cas et à la supervision que vous recevez. Les étudiants ont besoin de soutien pour réfléchir à leur propre identité et à leurs préjugés, et pour apprendre à parler du racisme avec leurs clients de manière honnête, respectueuse et constructive.
- - Services et milieux
Lorsque des enfants, des jeunes, des adultes ou des personnes âgées noirs se rendent dans une clinique, au bureau d’un orienteur scolaire ou un hôpital, ils ne devraient pas avoir à consacrer du temps à expliquer les bases du racisme. Les services devraient être conçus en tenant compte des communautés noires, que ce soit en ce qui concerne la composition du personnel, la manière dont les questions posées lors de l’admission à l’hôpital sont formulées ou la définition de ce qui est considéré comme étant « normal ». Cela implique de prendre au sérieux les manifestations du racisme dans la vie des gens, sans réduire les personnes noires à leur traumatisme. - - Recherche et savoir
Les chercheurs et les communautés noires devraient diriger les travaux sur la santé mentale des Noirs au Canada, et non se contenter de participer à des études conçues par d’autres. Les questions de recherche devraient s’appuyer sur les besoins exprimés par les communautés noires, et non pas uniquement sur les tendances universitaires. Les méthodes doivent inclure les points de vue de la communauté à chaque étape, et les résultats doivent être communiqués sous une forme qui soit réellement utile pour ces communautés. Il devrait y avoir un financement national continu et consacré au soutien de la recherche visant à améliorer le bien-être des Canadiens noirs. - - Organisations et leadership
Les organismes professionnels comme la Société canadienne de psychologie ont aussi un rôle à jouer. Il ne suffit pas de faire des déclarations ponctuelles sur la diversité ou de publier un billet à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs. Soutenir des sections telles que la Section de la psychologie des Noirs, prendre au sérieux les préoccupations soulevées en matière d’équité et d’inclusion, examiner qui siège aux tables où se prennent les décisions et être prêt à modifier les politiques et les priorités : tout cela fait partie des tâches à accomplir.
Rien de tout cela ne sera facile. Cela demandera aux individus et aux institutions de sortir de leur zone de confort, d’accepter le fait que les bonnes intentions ne suffisent pas et d’abandonner l’idée qu’être « gentil » ou « poli » équivaut à être juste.
Mais si la psychologie vise véritablement à comprendre les gens et à les aider à mener une vie plus épanouie, alors se poser ces questions n’est pas superflu. C’est un élément essentiel du travail.
Occuper sa place consciemment
Nous avons commencé le présent article en parlant du fait d’entrer dans une pièce et de vouloir se sentir à sa place.
Pour les personnes noires au Canada, trop d’endroits ont véhiculé le message inverse, de manières plus ou moins nettes. Parfois, cela était évident : les portes étaient littéralement fermées, les sièges étaient enlevés, les services étaient refusés. Parfois, cela était discret : être ignoré, remis en question ou traité comme une exception plutôt que comme une partie intégrante de la réalité.
La psychologie nous fournit les mots pour exprimer certaines de ces réalités. Elle nous aide à voir les habitudes, les peurs et les discours qui perpétuent des systèmes injustes. La psychologie des Noirs va plus loin, en nommant les conséquences néfastes que cela a sur l’esprit et le corps des Noirs, et en soulignant également la force et la créativité dont font preuve les communautés noires pour survivre et transformer ces systèmes.
Mais nommer les choses n’est que le début.
Si nous voulons un avenir différent — pour les enfants noirs assis sur les bancs des écoles, pour les parents noirs qui tentent de s’y retrouver dans les systèmes de santé et les systèmes scolaires, pour les personnes âgées noires porteuses du passé — nous ne pouvons pas simplement espérer que le temps arrangera les choses. Les dernières décennies nous ont montré que le temps seul ne suffit pas à éliminer le racisme. Il lui donne simplement de nouvelles formes.
Prendre sa place ne se fera pas par accident. Il faut le faire consciemment et à dessein.
Pour la psychologie, cela signifie se poser des questions difficiles :
- - Qui avons-nous en tête lorsque nous imaginons « le client », « l’étudiant », « le chercheur » ou « le psychologue »?
- - Quel confort protégeons-nous lorsque nous évitons de parler de la question raciale?
- - Quelles connaissances considérons-nous comme faisant autorité, et lesquelles considérons-nous comme simplement empiriques?
- - Lorsque les Noirs nous disent ce qu’ils vivent, écoutons-nous aussi attentivement que nous le devrions?
Cela implique également de faire des choix différents :
- - faire le choix de voir les schémas au lieu de traiter chaque incident comme un malentendu isolé
- - faire le choix de poursuivre les échanges difficiles un peu plus longtemps, plutôt que de se refermer
- - faire le choix de concevoir la formation, les services et la recherche en tenant compte des communautés noires dès le départ, et non après coup.
Pour celles et ceux d’entre nous qui sont Noirs et qui travaillent dans le domaine de la psychologie ou en lien avec celle-ci, ce travail peut être à la fois éprouvant et porteur d’espoir. Éprouvant, car nous portons souvent le poids de nos propres expériences et celles de nos familles et communautés, tout en essayant de faire évoluer des systèmes qui ne s’attendaient pas à notre présence. Pleins d’espoir, car nous savons ce que cela signifierait pour nos enfants et nos élèves si les choses étaient différentes, et parce que nous voyons chaque jour des exemples du génie des Noirs qui s’imposent.
Pour ceux et celles qui ne sont pas noirs, cet appel s’adresse également à vous.
C’est un appel à dépasser la culpabilité ou l’attitude défensive pour assumer ses responsabilités; à utiliser son rôle de clinicien, de superviseur, de professeur, de dirigeant, d’étudiant ou de décideur politique pour faire place à des vérités qui peuvent être dérangeantes, mais qui sont nécessaires. C’est un appel à considérer le racisme anti-Noirs non pas comme une question secondaire, mais comme un élément central qui permet de déterminer si la psychologie tient ses promesses.
On ne peut pas réécrire les salles de classe de Mary Bibb ou la soirée de Viola Desmond au cinéma. Nous pouvons toutefois décider de la suite.
Nous pouvons décider que les enfants noirs n’auront pas à renoncer à une partie d’eux-mêmes à la porte de l’école pour être considérés comme de « bons élèves ».
Nous pouvons décider que les clients noirs n’auront pas à peser le coût de dénoncer le racisme en thérapie par rapport au risque d’être mal compris.
Nous pouvons décider que les psychologues, stagiaires et chercheurs noirs ne seront pas de rares exceptions, mais feront partie intégrante d’une profession qui incarne véritablement les communautés qu’elle sert.
Souligner l’histoire des Noirs au Canada, c’est bien plus que se remémorer des moments de courage une fois par année. Cela signifie laisser la réalité racontée changer notre façon de nous percevoir, de percevoir nos institutions et de percevoir nos responsabilités aujourd’hui. La psychologie dispose d’outils qui peuvent nous aider à y parvenir. La psychologie des Noirs ouvre déjà la voie.
La question qui se pose à nous tous est la suivante : sommes-nous prêts à mettre en pratique ce que nous savons, à repérer les moments où les anciennes règles refont surface, à choisir des réactions différentes et à contribuer à bâtir un avenir où les Noirs ne se contentent pas d’être présents dans la pièce, mais peuvent enfin avoir confiance que la pièce a été conçue en pensant à eux.
La question qui se pose à nous tous est de savoir si nous sommes prêts à mettre en pratique ce que nous savons : repérer les moments où les anciennes règles refont surface et choisir des réactions différentes.
C’est ainsi que nous contribuerons à bâtir un avenir où les Noirs ne se contentent pas d’être présents dans la pièce, mais peuvent enfin croire que la pièce a été conçue en pensant à eux.

Chloe Cooley
Chloe Cooley était une esclave canadienne dont la résistance à être vendue de l’autre côté de la rivière aux États-Unis a conduit à des changements importants, et finalement à l’abolition, dans l’approche canadienne de l’esclavage.
À la fin des années 1700, des rumeurs circulaient dans les colonies canadiennes selon lesquelles l’esclavage pourrait bientôt être aboli. La Couronne britannique avait autorisé les loyalistes fuyant les États-Unis après la guerre d’Indépendance à emmener leurs esclaves avec eux, et des milliers d’esclaves ont traversé la frontière dans les années qui ont suivi la guerre.
Craignant que les esclaves ne se voient accorder la liberté par le gouvernement, le propriétaire d’esclaves Adam Vrooman a décidé de vendre les personnes qu’il avait réduites en esclavage afin de ne pas perdre ses droits de propriété. L’une de ces personnes était une jeune femme nommée Chloe Cooley, qui a résisté lorsqu’on a tenté de la faire monter dans un bateau pour la transporter de l’autre côté de la rivière Niagara afin de la vendre aux États-Unis. Furieux de sa résistance, Vrooman l’a frappée, ligotée et forcée à monter dans le bateau. Chloe a crié pendant toute la traversée de la rivière.
Bien que Vrooman ait été brièvement accusé de trouble à l’ordre public, les charges ont rapidement été abandonnées, car Chloe était encore considérée comme un bien. Cependant, la brutalité de la scène a tellement choqué les observateurs que des dizaines d’entre eux ont adressé une pétition au Conseil exécutif du Haut-Canada, ce qui a conduit à l’adoption de la Loi de 1793 contre l’esclavage, qui interdisait l’importation d’esclaves dans la province. Ce fut le premier petit pas vers l’abolition définitive de l’esclavage dans le Haut-Canada en 1824.
Selon la théorie de la contagion émotionnelle, les individus tendent à partager les émotions de ceux qui les entourent. Lorsqu’une personne exprime son indignation, ceux et celles qui l’entourent sont plus susceptibles de ressentir la même indignation. Tout comme l’indignation ou le dégoût, le courage peut aussi être contagieux. C’est l’une des raisons pour lesquelles la résistance fonctionne.
Malheureusement, Chloe Cooley a été une véritable martyre à cet égard. Personne ne sait ce qui lui est arrivé après avoir traversé la rivière Niagara. Cependant, sa résistance a permis de mettre en lumière les méfaits de l’esclavage, forçant les gens à affronter leurs propres sentiments à ce sujet. Ces sentiments d’horreur, ou du moins de profond malaise ont suffi à déclencher et à accélérer un changement important.
Mary and Henry Bibb
En 1851, Mary et Henry Bibb ont fondé un journal, Voice of the Fugitive. Ce dernier relatait les histoires du chemin de fer clandestin et faisait état des développements tant dans le Sud des États-Unis que dans le Canada, le nouveau pays d’accueil des Bibb.
En 1851, Mary et Henry Bibb ont fondé un journal, Voice of the Fugitive. Ce dernier relatait les histoires du chemin de fer clandestin et faisait état des développements tant dans le Sud des États-Unis que dans le Canada, le nouveau pays d’accueil des Bibb.
Réfugiés de l’esclavage aux États-Unis, les Bibb se sont installés à Windsor, en Ontario, où ils ont rapidement constaté que les possibilités étaient rares pour les Canadiens noirs. Leur journal a apporté un sentiment de solidarité et de communauté à leurs compatriotes, les tenant informés et engagés dans la lutte pour mettre fin à l’esclavage.
Les Bibb ont ensuite fondé leur propre école, dans laquelle Mary enseignait aux enfants victimes de discrimination constante dans le système scolaire public de l’époque. Henry a fondé et dirigé la Refugee Home Society, un groupe qui œuvrait pour répondre aux besoins des personnes ayant vécu l’esclavage et qui avaient fui vers le Canada.
Nous savons qu’aujourd’hui, les personnes immigrantes et réfugiées provenant de zones de conflit subissent souvent des traumatismes cumulatifs. Il est possible qu’elles ne puissent pas rentrer chez elles pour des événements importants de la vie, et leur capacité à soutenir les membres de leur famille restés au pays est considérablement limitée. La discrimination, la fatigue traumatique et les divisions politiques peuvent pousser les personnes touchées à garder le silence, ce qui peut exacerber leur sentiment d’isolement et de détresse. Selon les psychologues, il est très courant de se sentir dépassé et impuissant dans ce genre de situation. Toutefois, les liens sociaux et les gestes simples emplis de signification peuvent grandement aider à retrouver un sentiment de contrôle.
À cet égard, Henry et Mary Bibb ont été deux figures de proue importantes au Canada. C’est pourquoi le Canada a décidé de les honorer en les désignant comme personnages historiques nationaux en 2002.

Dre Ruth Winifred Howard
L’une des premières femmes noires à obtenir un doctorat en psychologie, Ruth Winifred Howard a formé des infirmières noires et a travaillé avec des enfants et des jeunes au cours de sa longue carrière.
Il existe un débat quant à savoir qui a été la première femme noire à obtenir un doctorat en psychologie. Certains disent que c’est Inez Beverly Prosser, qui a obtenu son doctorat en 1933 à l’université de Cincinnati. D’autres pensent qu’il s’agit de Ruth Winifred Howard, car ils considèrent qu’un doctorat en psychologie ne compte que s’il est délivré par un programme de psychologie – elle a obtenu en 1934 un doctorat en psychologie et développement de l’enfant à l’université du Minnesota. On ignore si les deux femmes se sont souciées de cette distinction.
Ruth Winifred Howard est née en 1900 à Washington (D.C.). Son père était le pasteur de l’église baptiste de Zion et était très impliqué dans de nombreuses initiatives communautaires. Ruth dira plus tard que c’est ce qui l’a poussée à vouloir à aider les autres et l’a conduite à devenir psychologue. Ce chemin a commencé au Simmons College de Boston, où elle s’est spécialisée en travail social et a obtenu un baccalauréat en 1921. Il s’est terminé à l’université du Minnesota, où elle a obtenu son doctorat en psychologie 13 ans plus tard.
Pour sa recherche au doctorat, la Dre Howard a étudié les triplés. Plus précisément, elle a lancé l’étude la plus complète jamais réalisée sur les triplés, en étudiant plus de 200 groupes de triplés, de leur naissance jusqu’à l’âge de 70 ans. Pour des raisons encore inconnues, il a fallu plus de dix ans avant que cette recherche ne soit publiée, en 1946, dans le Journal of Psychology et en 1947, dans le Journal of Genetic Psychology. À cette époque, elle avait épousé un autre psychologue, Albert Sidney Beckham, et s’était installée à Chicago.
Avec son mari, Ruth Winifred Howard a ouvert un cabinet privé où elle s’est occupée d’enfants et de jeunes, tout en travaillant comme psychologue au centre McKinley, qui portait le terrible nom de centre McKinley pour enfants attardés. Elle a également été psychologue à la Provident Hospital School of Nursing, où elle formait des infirmières noires, et a été psychologue pour le Chicago Board of Health jusqu’en 1972.
En 1964, le mari de Ruth Albert est décédé. Elle a continué à travailler pendant encore quelques années, tant en pratique privée que pour le Chicago Board of Health. La Dre Ruth Winifred Howard est décédée en 1997, à quelques jours de son 97e anniversaire, en léguant un héritage important. Plus qu’une simple pionnière, ouvrant la voie à d’autres qui suivront ses traces, la Dre Howard a amélioré les conditions de vie de centaines d’enfants à Chicago et dans le monde entier.
As this year’s Black History Month closes, CPA President Dr. Eleanor Gittens shares her reflections on Black History Month.
Produced by Kate Eggins
CPA President, Dr. Eleanor Gittens, discusses how to be an ally to individuals and groups experiencing marginalizations.
Produced by Kate Eggins
Hommage d’une psychologue albertaine à Nelson Mandela
Zuraida Dada, psychologue en Alberta, a grandi dans l’Afrique du Sud de l’apartheid et a participé à la lutte contre l’oppression qui a finalement abouti à la formation d’un gouvernement démocratique en 1994. Dans cet article, elle rend hommage au dirigeant et au visage du mouvement antiapartheid, le regretté Nelson Mandela. Cet article a été publié pour la première fois dans l’édition du printemps 2023 de la publication The CAP Monitor du College of Alberta Psychologists et a été republié dans le bulletin d’information Kaleidoscope de la Section psychologie du counseling de la SCP en décembre 2023.
Hommage d’une psychologue albertaine à Nelson Mandela
Zuraida Dada, psychologue agréée, C.Psych., CRHA (à la retraite)
Apartheid
Le terme « apartheid » est un mot afrikaner qui signifie « séparation ». L’apartheid a été appliqué en Afrique du Sud de 1948 à 1994. Il s’agissait d’une politique malveillante, dont l’objectif était l’anéantissement des personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC, ou BIPOC pour la version anglaise). L’apartheid était une oppression légalisée, de nature socioéconomique et politique. Le gouvernement de l’apartheid a utilisé tous les moyens légaux pour atteindre ses objectifs, notamment :
- La classification et la ségrégation de la population
· La ségrégation dans l’emploi et l’apartheid économique
· La ségrégation dans l’éducation
· L’occupation des terres et la ségrégation géographique
· L’interdiction des relations sexuelles interraciales
· Les laissez-passer et le contrôle de la migration
· La représentation politique
· Le développement séparé et les bantoustans
· Les bannissements, la détention sans procès et la sécurité d’État
L’apartheid était omniprésent et régissait tous les aspects de notre vie, du berceau à la tombe. Pour les PANDC vivant sous l’apartheid, cela signifiait vivre sans liberté et dans une peur perpétuelle. Nelson Mandela a réussi à mener le pays à la liberté de manière pacifique (sans guerre ni effusion de sang) et a été le premier président noir de l’Afrique du Sud démocratique de l’après-apartheid.
Comment rendre hommage à une figure paternelle, à une personne qui a laissé une marque indélébile sur moi et sur tous les aspects de ma vie? Il n’y aura jamais assez de mots pour exprimer la profondeur de l’influence que Nelson Mandela (ou Tata Madiba, comme on l’appelle affectueusement) a eue sur moi. Je vais faire de mon mieux pour vous transmettre quelques idées que Tata Madiba m’a enseignées à travers ses paroles et ses actions, et que je m’efforce d’appliquer dans ma vie personnelle et professionnelle.
Les leçons de Nelson Mandela (Tata Madiba)
Ce que Tata Madiba m’a appris :
- À propos d’« Amandla », qui signifie « pouvoir » (plus précisément le pouvoir de la liberté). Que la liberté est comme l’oxygène : ce n’est qu’en son absence que l’on se rend compte à quel point elle est précieuse. Sous l’apartheid, nous n’avions pas accès à des psychologues. C’est à cause de cette idée que je suis devenue psychologue. Elle a imprégné ma vie et est à la base de mon travail en matière de justice sociale. C’est ce pour quoi je me bats : une libération de l’oppression, du racisme, de la violence, des préjugés et de la discrimination. L’idée que la lutte contre le racisme et la discrimination est aussi vitale que la respiration m’a permis de comprendre les réactions de mes clients face au racisme, m’a permis d’être plus empathique et m’a appris que la lutte contre le racisme est nécessaire et vitale pour la survie et l’épanouissement des PANDC.
- Que le pouvoir se présente sous de nombreuses formes et qu’il s’accompagne d’une responsabilité importante, celle d’agir avec discipline et d’accepter les conséquences de ses actes. En tant que psychologues, il est essentiel que nous comprenions la dynamique de pouvoir à l’œuvre dans nos relations avec nos clients. Nos clients consultent généralement lorsqu’ils sont le plus vulnérables et s’ouvrent souvent sur des aspects de leur vie dont ils n’avaient jamais parlé auparavant. En tant que psychologues, nous devons préserver cet espace sacré et être conscients du pouvoir que nous avons et du rôle que nous jouons vis-à-vis de nos clients. C’est le fondement de la pratique clinique que d’être conscient de cette dynamique et de faire tout ce que nous pouvons pour la rééquilibrer et ne pas abuser de ce pouvoir.
- Sur la nature de l’oppression et du racisme. Que le racisme est une idéologie omniprésente qui repose sur le pouvoir, les privilèges et la peur. C’est une forme de violence qui s’épanouit dans le silence. Le racisme est traumatisant à vivre. Le déni du racisme engendre des traumatismes et le fait de reconnaître et d’accepter l’existence du racisme est le premier pas vers la guérison. C’est ce qui guide mon approche lorsque je travaille avec des clients qui ont été victimes de racisme/discrimination. J’utilise une approche axée sur la compassion et tenant compte des traumatismes, et je propose de l’éducation thérapeutique sur le racisme, le pouvoir et les privilèges, ainsi que des stratégies pour gérer la situation. Malheureusement, j’ai été confrontée sur le plan professionnel à des cas de déni de racisme de la part de collègues psychologues, ce qui, en tant que PANDC, est traumatisant à vivre. En tant que psychologues, nous avons l’obligation éthique et le devoir professionnel d’être objectifs et de fournir des services professionnels exempts de préjugés. Compte tenu du traumatisme que le déni du racisme provoque, je crois fermement que le déni du racisme devrait être traité d’une manière analogue au harcèlement sexuel, et devrait être un motif de faute éthique ainsi que d’incompétence professionnelle.
- Sur l’importance des valeurs et le rôle qu’elles jouent dans nos vies. Lors du procès de Rivonia, le 20 avril 1964, Tata Madiba a prononcé ces paroles célèbres : « J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et disposeraient de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère atteindre. Mais s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Je pense que le racisme (et la lutte contre l’oppression) repose sur des valeurs personnelles qui se reflètent ensuite dans notre vie quotidienne, ce qui entraîne un racisme systémique et internalisé. En tant que psychologues, nous avons le devoir de nous livrer régulièrement à une certaine introspection, d’être conscients de la dynamique de la société dans laquelle nous évoluons, de comprendre la nature du racisme afin de pouvoir soutenir, de manière saine et constructive, nos clients qui en sont victimes, d’accepter nos limites et d’être conscients de celles-ci, de prendre au besoin les mesures qui conviennent, par exemple orienter des clients vers d’autres personnes plus compétentes que nous lorsque la situation le justifie, suivre une formation si nécessaire et défendre les intérêts de nos clients et la justice sociale.
- Le pouvoir d’une seule personne. Comment les actions d’une seule personne peuvent avoir un impact sur des millions d’autres êtres humains. Je me fais constamment rappeler l’impact et l’importance de mon travail en tant que psychologue. Notre travail est important et provoque souvent un tournant dans la vie des personnes que nous accompagnons, et ce changement a un effet d’entraînement sur les communautés et les sociétés dans leur ensemble. Pour qu’une société se porte bien, il faut que ses membres se portent bien. Notre rôle en tant que psychologues est de favoriser l’émergence de communautés et de sociétés saines, une personne à la fois.
- Choisir la plume plutôt que l’épée. En tant que psychologue, je me rappelle constamment le pouvoir de mes paroles sur mes clients, ainsi que le pouvoir des paroles de chaque personne sur la façon dont elle se perçoit, sur son identité et sur sa propre vie.
- Les actes comptent plus que les mots. En tant que psychologues, nous devons « être le changement que nous voulons voir dans ce monde » et participer à des initiatives de défense des intérêts sociaux et de justice sociale, pour aller au-delà des belles paroles.
- Sur la générosité de l’esprit humain, sur le triomphe de l’amour sur le mal/la haine. Tata Madiba a déclaré : « Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, de ses origines ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer, car l’amour est plus naturel au cœur humain que son contraire. » Ce principe régit mon travail au quotidien. Dans le contexte de la défense des intérêts des clients et de la justice sociale, nous devons, en tant que psychologues, reconnaître cette vérité et en faire la base de notre travail, si nous voulons construire une société juste et équitable.
- Sur l’importance de la vérité et d’assumer sa propre vérité. En tant que psychologues, il est essentiel que nous exprimions et assumions notre propre vérité, et que nous créions un espace sûr et exempt de jugement dans lequel les clients peuvent exprimer et assumer leur propre vérité.
- Le pardon plutôt que le ressentiment. Le pardon est un principe clé dans mon travail de psychologue lorsque je soutiens des clients qui ont été victimes de racisme et de discrimination; c’est particulièrement le cas dans mon travail sur la justice sociale. Je crois que le pardon est l’antidote au ressentiment; c’est prendre soin de soi, avoir de la compassion envers soi-même. C’est l’élément fondamental de la résilience et c’est une première étape nécessaire à la guérison d’un traumatisme.
- La compréhension plutôt que l’ignorance. « Cherchez à comprendre plutôt qu’à être compris. » Voilà une attitude qui favorise l’empathie et l’établissement d’une alliance thérapeutique saine. Comprendre que le déni du racisme est une forme d’ignorance et qu’il induit des traumatismes est essentiel pour tout travail auprès des clients victimes de racisme ou de discrimination.
- L’humilité plutôt que l’arrogance. Reconnaître nos limites en tant que psychologue est une forme d’humilité. Le déni du racisme est une forme d’arrogance. Il est essentiel que nous comprenions l’importance d’interagir avec nos clients avec humilité et de renoncer à l’arrogance, afin de créer des alliances thérapeutiques saines et de soutenir efficacement nos clients.
- La souplesse plutôt que la rigidité. En tant que psychologue, il est important de savoir qu’une approche souple est un aspect important d’une thérapie efficace.
- L’action plutôt que l’apathie. En tant que psychologues, nous devons reconnaître le rôle actif important que nous jouons dans la création de sociétés saines, en particulier en ce qui concerne la défense des intérêts des clients et de la société en général. L’apathie peut être considérée comme synonyme d’incompétence et de conduite contraire à l’éthique.
- La résilience plutôt que la résignation. La résilience est un élément clé de la santé et de l’épanouissement des individus et des sociétés. C’est la pierre angulaire du travail que j’accomplis auprès de mes clients.
- Le courage plutôt que la lâcheté. En tant que psychologues, nous devons avoir le courage de changer les choses que nous pouvons changer, de défendre nos clients, de lutter contre l’injustice, de faire pression pour obtenir des changements et de mener des recherches qui permettent à la science de progresser.
- L’équité plutôt que l’injustice. Les psychologues ont un rôle essentiel à jouer dans la justice sociale. Toute justice sociale repose sur la prémisse de l’équité et de la création de l’équité dans la société.
- La gentillesse plutôt que la cruauté. Le regard positif inconditionnel est la base de notre travail en tant que psychologues. Reconnaître que le racisme et le déni du racisme sont des traumatismes est une forme de gentillesse. Le déni du racisme est cruel et traumatisant.
- À propos d’« Ubuntu », qui signifie humanité ou bonté humaine, les liens qui unissent l’esprit humain. Selon cette philosophie, c’est la société, et non un être transcendant, qui confère aux êtres humains leur humanité. C’est la reconnaissance du fait que nous sommes tous liés d’une manière invisible à l’œil humain. Pour paraphraser Michael Eze, nous sommes parce que vous êtes, et puisque vous êtes, je suis. L’humanité est une qualité que nous nous devons les uns aux autres. Nous nous créons les uns les autres et nous avons besoin de soutenir cette création d’altérité. Barack Obama a déclaré : « Il y a un sentiment d’unité dans l’humanité que nous atteignons nous-mêmes en nous offrant aux autres et en prenant soin de ceux qui nous entourent… » Mon travail est imprégné de la notion d’Ubuntu, car je reconnais que nous avons tous besoin les uns des autres et que la somme est plus grande que les parties. Nous avons tous un rôle à jouer dans l’éradication de l’injustice, que ce soit en tant que défenseurs ou en tant qu’alliés.
- De me mettre au défi de trouver cette vérité en moi-même, de définir mes valeurs, mes croyances et mon identité dans le contexte de la grande fraternité et de la grande sororité de l’humanité.
- De toujours me rappeler la générosité de l’esprit humain.
- D’interagir avec les gens à un niveau humain – en tant qu’êtres humains d’abord.
- De comprendre mon frère et ma sœur avant de les juger.
- D’appréhender la vie avec empathie.
- De trouver des occasions de prendre soin des autres.
- D’accepter la responsabilité de ma vie et de mes actes.
Tata Madiba citait souvent le poème Invictus : « Aussi étroit que soit le chemin, bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme; je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme. »
Comme l’a dit Barack Obama : « Tata Madiba me donne envie d’être un meilleur être humain et évoque ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous. Le défi pour nous tous est de rechercher cela en nous-mêmes et d’agir à son image ». Défi accepté, Tata Madiba, défi accepté.
Hamba kahle Tata Madiba, Hamba kahle (Adieu Tata Madiba, adieu).
Ndiyakukhumbula (Tu vas me manquer).
Enkosi, Ngiyabonga, (Merci).

Laboratoire V-TRaC
Le laboratoire Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC) se trouve à l’Université d’Ottawa. Ses travaux portent sur le lien entre vulnérabilité et traumatisme et sur les stratégies d’adaptation qui peuvent être mises en œuvre pour faire face à l’une ou l’autre de ces situations, ou aux deux à la fois. Ses recherches sont très variées et couvrent de nombreux sujets, de la protection de l’enfance en Ontario aux interventions psychosociales liées à la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.
Le laboratoire Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC) se trouve à l’Université d’Ottawa. Ses travaux portent sur le lien entre vulnérabilité et traumatisme et sur les stratégies d’adaptation qui peuvent être mises en œuvre pour faire face à l’une ou l’autre de ces situations, ou aux deux à la fois. Ses recherches sont très variées et couvrent de nombreux sujets, de la protection de l’enfance en Ontario aux interventions psychosociales liées à la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.
Les chercheurs et chercheuses du laboratoire V-TRaC ont rédigé des recommandations visant à réduire les disparités raciales dans les sociétés de l’aide à l’enfance en Ontario, ont créé le cours Comment fournir des soins de santé mentale antiracistes (donnant droit à des crédits de formation continue par la SCP) et sont en train d’évaluer les déterminants de la santé mentale chez les immigrants.
Les travaux réalisés au cours des dernières années ont donné lieu à de nombreuses publications et fiches d’information, mais l’influence la plus importante de ce labo pourrait bien être de faire avancer le débat sur les déterminants sociaux de la santé mentale. En 2022, le laboratoire V-TRaC a organisé un colloque, le premier du genre, visant à lever les obstacles aux soins de santé mentale pour les Noirs au Canada. Le fondateur de V-TRaC, Jude Mary Cénat, a également créé le Centre Interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s, premier centre de recherche canadien entièrement consacré à l’étude des déterminants biologiques, sociaux et culturels de la santé des Noirs au Canada.
Les ressources créées par le laboratoire V-TRaC aident de nombreuses personnes en ce moment même, et les recherches qui sont menées comblent un vide dans le domaine de la recherche en psychologie et en santé mentale, ce qui aidera de nombreuses autres personnes dans les années à venir.

Canada Confesses
Canada Confesses est une plateforme (offerte en anglais seulement) qui a vu le jour en 2020. Ce projet, dirigé par des jeunes, permet aux Canadiens et Canadiennes de raconter de manière anonyme leurs expériences en matière d’injustice raciale et sociale. Depuis, le projet a pris beaucoup d’ampleur, plus de 40 bénévoles de partout au Canada assurant sa continuité. C’est devenu une ressource permettant de mettre en relation des personnes de tout le pays désireuses de modifier les structures et les systèmes à l’origine des inégalités et de la marginalisation.
Canada Confesses est une plateforme (offerte en anglais seulement) qui a vu le jour en 2020. Ce projet, dirigé par des jeunes, permet aux Canadiens et Canadiennes de raconter de manière anonyme leurs expériences en matière d’injustice raciale et sociale. Depuis, le projet a pris beaucoup d’ampleur, plus de 40 bénévoles de partout au Canada assurant sa continuité. C’est devenu une ressource permettant de mettre en relation des personnes de tout le pays désireuses de modifier les structures et les systèmes à l’origine des inégalités et de la marginalisation. Ce projet a permis de constituer une énorme bibliothèque de ressources de soutien essentielles et gratuites pour les Canadiennes et les Canadiens. Enfin, l’association a amorcé un dialogue avec des décideurs, dirigeants communautaires et professionnels de la santé mentale au sein de dizaines d’organisations afin de faire passer son message et de défendre sa cause.
La base de données de ressources de Canada Confesses est impressionnante, contenant des milliers de ressources sur une myriade de sujets, notamment les immigrants et les réfugiés, les communautés noires, la lutte contre le harcèlement et le racisme, la violence sexuelle et familiale, etc. Le glossaire sur l’activisme est presque aussi complet et constitue une ressource importante pour les personnes qui souhaitent comprendre des termes tels que « focalisation sur les Blancs » [traduction libre de « white-centering »], « microagressions » et « intersectionnalité ». Et la plateforme initiale de « confessions » continue de croître à mesure que les Canadiens font part de leurs expériences de la discrimination – comme la « misogynoire », le capacitisme et le profilage racial.
Bien que ces témoignages soient qualifiés de « confessions », ce n’est pas vraiment la personne qui écrit qui se « confesse » – c’est le Canada, d’où le nom « Canada confesses » (Le Canada se confesse). Beaucoup d’entre nous aiment à penser que notre pays est un endroit où le racisme existe de façon marginale et où la discrimination a été largement éradiquée dans nos pratiques d’embauche, nos structures sociétales et notre vie quotidienne. Il est important de se rappeler, de temps à autre, que le racisme et les pratiques discriminatoires sont toujours présents au Canada. Si nous en sommes conscients et que nous voulons agir, Canada Confesses est un bon point de départ.
Vous pouvez écouter l’épisode du balado Mind Full mettant en vedette les cofondatrices de Canada Confesses : « Canada Confesses creators Nancy Tangon and Priscilla Ojomu ».

Black Mental Health Canada
Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, la vedette de cette semaine est l’organisme Black Mental Health Canada, qui a pour objectif d’informer la communauté noire du Canada sur la santé mentale, et qui œuvre en faveur de soins ancrés dans le respect de la culture, grâce à des formations et ateliers.
L’objectif principal de Black Mental Health Canada (BMHC) est d’offrir de l’information à la communauté noire du Canada sur la santé mentale, sur le fait qu’il s’agit d’un problème réel, que des personnes luttent contre des problèmes de santé mentale et qu’il est possible d’obtenir du soutien. Pendant longtemps, la stigmatisation a empêché de nombreux Canadiens noirs de consulter des professionnels de la santé mentale. BMHC tient une liste des prestataires de soins de santé mentale qui travaillent avec la communauté noire. Les praticiens peuvent y inscrire leur activité, et les personnes en quête d’aide peuvent y trouver un ou une professionnelle qui possède les compétences culturelles appropriées.
BMHC est également un ardent défenseur des soins ancrés dans le respect de la culture. En raison de l’histoire du Canada, et de l’Amérique du Nord dans un contexte plus global, les besoins des Noirs sont uniques. Le traitement réservé à la communauté noire par le milieu des soins de santé mentale et la discrimination à l’égard de celle-ci ont érodé la confiance de ses membres envers le système. Pour informer la communauté noire sur la santé mentale, il faut également mettre en place des mesures de soutien précises, adaptées aux besoins particuliers de cette communauté. BMHC propose des formations et des conseils en matière d’équité, diversité et inclusion (EDI), ainsi que des ateliers publics et personnalisés destinés aux professionnels de la santé mentale et au grand public.
BMHC concentre ses efforts sur une éducation et des formations qui ciblent actuellement les cliniciens, afin que ceux-ci soient en mesure de fournir des soins utilisant une perspective d’équité raciale et ancrés dans le respect de la culture. L’organisme se consacre également à la défense des intérêts, les représentants de BMHC intervenant auprès des gouvernements et des dirigeants pour faire tomber la stigmatisation qui entoure la santé mentale des Noirs. Ces activités de plaidoyer portent sur la santé mentale globale, en particulier sur ce à quoi elle ressemble et sur ce qu’elle signifie pour la communauté noire du Canada.
Vous pouvez écouter l’épisode du balado Mind Full mettant en vedette Shanique Victoria, chercheuse principale de BMHC, et portant le titre « Making connections: Shanique Victoria and Black Mental Health Canada ».

Dr Herman George Canady
Herman George Canady a eu une influence durable sur la psychologie, influençant des théories comme l’anxiété intergroupe et la menace des stéréotypes. Il a également été l’un des premiers à organiser un groupe de psychologues noirs.
La théorie psychologique actuelle de « l’anxiété intergroupe » décrit un sentiment de malaise que de nombreuses personnes ressentent lorsqu’elles interagissent avec des personnes appartenant à des groupes autres que le leur. Une grande partie de cette théorie doit beaucoup à Herman George Canady, dont les travaux ont porté sur l’interaction entre étudiants noirs et examinateurs blancs lors de tests de QI. Si l’examinateur est blanc et que l’enfant noir a été victime de discrimination et de préjugés de la part de Blancs dans le passé, il risque d’être anxieux et de mal réussir le test simplement parce qu’il est administré par une personne dont la présence le rend nerveux.
L’étude du professeur Canady intitulée « The Effect of ‘Rapport’ on the I.Q.: A New Approach to the Problem of Racial Psychology » fut la première étude de ce type à examiner les tests d’intelligence sous cet angle et a donné lieu à de nombreuses autres études sur l’effet de la méfiance à l’égard des Blancs sur les résultats obtenus par les enfants noirs aux tests. À bien des égards, Canady a été l’un des premiers psychologues à axer ses recherches sur l’expérience des Noirs aux États-Unis.
L’absence d’inclusion des Noirs dans la recherche et le manque de connaissances psychologiques à propos des Noirs américains en général ont conduit le professeur Canady à mener un mouvement destiné à rassembler les psychologues noirs dans le cadre d’une association ou d’une autre structure de ce genre. Il écrit A Prospectus of an Organization of Negroes Interested in Psychology and Related Fields et l’a envoyé à ses collègues de l’American Teachers Association (autrefois la National Association of Teachers in Colored Schools), proposant de créer une section de psychologie au sein de l’ATA.
Canady a présenté sa proposition au congrès de l’ATA, qui s’est tenu au Tuskegee Institute, en 1938. Celle-ci a été approuvée à l’unanimité, mais le début de la Seconde Guerre mondiale l’a fait rapidement dérailler. Plus tard, la cause sera reprise lorsque des psychologues noirs s’organiseront lors du congrès de l’APA de 1968 pour discuter de leur mécontentement face aux « abus de la psychologie et aux définitions blanches du comportement qui placent les Noirs sous un jour négatif. »
Le professeur Canady a obtenu son baccalauréat, sa maîtrise et son doctorat à l’université Northwestern. Il a ensuite occupé le poste de président du département de psychologie du West Virginia Collegiate Institute (devenu le West Virginia State College) pendant 40 ans avant de prendre sa retraite en 1968. Il est décédé en 1970, mais son influence se fait toujours sentir dans la recherche sur l’anxiété intergroupe, dans les études sur les dangers des stéréotypes et dans la volonté constante de sortir la psychologie d’un modèle centré sur les Blancs.

Dr Robert Lee Williams II
Célèbre pour trois livres importants et pour avoir inventé le mot « Ebonics », le Dr Robert Lee Williams II a passé sa longue et influente carrière à combattre le stéréotype raciste selon lequel les Noirs étaient moins intelligents que les Blancs.
« Cars is whips and sneakers is kicks
Money is chips, movies is flicks »
- Big L., ‘Ebonics’
Le mot « Ebonics » (« ébonique ») n’existait pas avant 1973, l’année où le professeur Robert Lee Williams II a pris le mot « ebony » et le mot « phonics » (ébène et phonétique), les a combinés et a inventé un tout nouveau terme pour désigner « les caractéristiques linguistiques et paralinguistiques qui, sur un continuum concentrique, représentent la capacité de communication des descendants d’esclaves d’origine africaine d’Afrique occidentale, des Caraïbes et des États-Unis. » Publié en 1975, son livre, Ebonics: The True Language of Black Folks, retrace les racines de l’ébonique jusqu’en Afrique et réfute les préjugés selon lesquels l’ébonique n’est qu’un argot ou du mauvais anglais.
Le professeur Williams est né en Arkansas en 1930 et s’est inscrit au Dunbar Junior College à l’âge de 16 ans. Il a abandonné ses études après seulement un an, ayant été rapidement désillusionné après avoir été invité à passer un test de QI. Les résultats du test laissaient entendre qu’il était plus apte au travail manuel qu’à des activités plus intellectuelles. Si ce test a eu un impact considérable sur son estime de soi, les préjugés raciaux dans les tests standardisés sont devenus par la suite la force motrice de certains de ses travaux les plus importants, en particulier, le Black Intelligence Test of Cultural Homogeneity, ou BITCH-100, qu’il a créé en 1972 pour prendre en compte les facteurs culturels qui affectent les Noirs américains de manière différente des Blancs.
Robert Lee Williams II a obtenu son doctorat en psychologie clinique en 1961 à l’université de Washington. En 1968, il a cofondé l’Association of Black Psychologists, dont il a ensuite été le deuxième président. L’ABP a été créée en tant qu’alternative à l’American Psychological Association, qui a été critiquée pour son soutien intentionnel et non intentionnel à une société américaine structurellement raciste. Pour les membres de l’ABP, c’était « les Noirs d’abord, les psychologues ensuite ».
Il a ensuite fondé le premier département d’études noires à l’université de Washington, où il a travaillé comme professeur de psychologie, d’études africaines et d’études afro-américaines de 1970 à 1992. Il a continué à jouir d’une grande notoriété grâce à ses apparitions dans les médias et à ses livres – The Collective Mind: Toward an Afrocentric Theory of Black Personality, publié en 1981, Racism Learned at an Early Age through Racial Scripting, paru en 2007, et History of the Association of Black Psychologists:, Profiles of Outstanding Black Psychologists, publié en 2008.
Le professeur Williams a été marié à Ava Kemp pendant 70 ans, et ce jusqu’à son décès en 2018. Il est décédé en 2020 à l’âge de 90 ans. Il avait huit enfants, dont quatre sont devenus psychologues.

Dre Ruth Winifred Howard
L’une des premières femmes noires à obtenir un doctorat en psychologie, Ruth Winifred Howard a formé des infirmières noires et a travaillé avec des enfants et des jeunes au cours de sa longue carrière.
Il existe un débat quant à savoir qui a été la première femme noire à obtenir un doctorat en psychologie. Certains disent que c’est Inez Beverly Prosser, qui a obtenu son doctorat en 1933 à l’université de Cincinnati. D’autres pensent qu’il s’agit de Ruth Winifred Howard, car ils considèrent qu’un doctorat en psychologie ne compte que s’il est délivré par un programme de psychologie – elle a obtenu en 1934 un doctorat en psychologie et développement de l’enfant à l’université du Minnesota. On ignore si les deux femmes se sont souciées de cette distinction.
Ruth Winifred Howard est née en 1900 à Washington (D.C.). Son père était le pasteur de l’église baptiste de Zion et était très impliqué dans de nombreuses initiatives communautaires. Ruth dira plus tard que c’est ce qui l’a poussée à vouloir à aider les autres et l’a conduite à devenir psychologue. Ce chemin a commencé au Simmons College de Boston, où elle s’est spécialisée en travail social et a obtenu un baccalauréat en 1921. Il s’est terminé à l’université du Minnesota, où elle a obtenu son doctorat en psychologie 13 ans plus tard.
Pour sa recherche au doctorat, la Dre Howard a étudié les triplés. Plus précisément, elle a lancé l’étude la plus complète jamais réalisée sur les triplés, en étudiant plus de 200 groupes de triplés, de leur naissance jusqu’à l’âge de 70 ans. Pour des raisons encore inconnues, il a fallu plus de dix ans avant que cette recherche ne soit publiée, en 1946, dans le Journal of Psychology et en 1947, dans le Journal of Genetic Psychology. À cette époque, elle avait épousé un autre psychologue, Albert Sidney Beckham, et s’était installée à Chicago.
Avec son mari, Ruth Winifred Howard a ouvert un cabinet privé où elle s’est occupée d’enfants et de jeunes, tout en travaillant comme psychologue au centre McKinley, qui portait le terrible nom de centre McKinley pour enfants attardés. Elle a également été psychologue à la Provident Hospital School of Nursing, où elle formait des infirmières noires, et a été psychologue pour le Chicago Board of Health jusqu’en 1972.
En 1964, le mari de Ruth Albert est décédé. Elle a continué à travailler pendant encore quelques années, tant en pratique privée que pour le Chicago Board of Health. La Dre Ruth Winifred Howard est décédée en 1997, à quelques jours de son 97e anniversaire, en léguant un héritage important. Plus qu’une simple pionnière, ouvrant la voie à d’autres qui suivront ses traces, la Dre Howard a amélioré les conditions de vie de centaines d’enfants à Chicago et dans le monde entier.

Dr Francis Cecil Sumner
Première personne noire à recevoir un doctorat en psychologie, Francis Cecil Sumner a passé sa carrière à améliorer l’éducation des Afro-Américains en augmentant le financement et l’enseignement de l’histoire.
Première personne noire à recevoir un doctorat en psychologie, Francis Sumner est né en Arkansas en 1895. Ses parents s’inquiétaient de la qualité de l’éducation que le jeune Francis recevait à l’école primaire locale, et ils lui ont donc enseigné à la maison à partir des livres dont ils disposaient. Lorsqu’il a fait sa demande d’admission au Lincoln College, une université traditionnellement noire aujourd’hui connue sous le nom d’université Lincoln, il a indiqué dans son dossier qu’il « avait reçu des cours privés de son père dans les matières du secondaire », car il n’avait pas de diplôme d’études secondaires.
Francis Cecil Sumner a réussi l’examen d’entrée et a commencé sa scolarité au Lincoln College à l’âge de 15 ans. À 19 ans, il a été reçu comme major de promotion avec un diplôme en philosophie. Il a poursuivi ses études à l’université Clark pour obtenir un deuxième baccalauréat, où il a établi une relation de mentorat avec le président de cette université de l’époque, le psychologue d’avant-garde, G. Stanley Hall.
Sumner s’est engagé dans l’armée américaine en 1918 et a servi en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale avant de retourner à l’université Clark pour terminer son doctorat en 1920. À l’époque, comme aujourd’hui, la psychologie scientifique était très eurocentriste, et le professeur Sumner s’est attaché à démanteler le racisme et les préjugés influencés par cet eurocentrisme. Plus précisément, les études de l’époque qui prétendaient démontrer l’infériorité intellectuelle des Afro-Américains. Il s’est attaqué aux inégalités dans le système judiciaire et aux disparités en matière de santé mentale entre les personnes de races différentes.
En 1939, sa demande d’adhésion à la Southern Society for Philosophy and Psychology a été rejetée, après que celle-ci a modifié ses statuts dans le but explicite d’exclure tout membre noir. D’autres membres de la Société ont menacé de démissionner si le professeur Sumner n’était pas accepté, et sa candidature a finalement été retenue, la direction de la Société rejetant la faute sur un secrétaire.
De 1928 jusqu’à sa mort, le professeur Sumner a été président du département de psychologie de l’université Howard, une université de recherche traditionnellement noire située à Washington (D.C.). Pendant cette période, il a enseigné à de nombreux étudiants en psychologie noirs, dont Kenneth Bancroft Clark, un leader influent du mouvement des droits civiques et le premier président noir de l’American Psychological Association.
L’héritage du professeur Sumner perdure aujourd’hui, car les efforts qu’il a déployés tout au long de sa vie pour améliorer l’éducation des Afro-Américains en augmentant le financement et l’enseignement de l’histoire et de l’expérience des Noirs ont influencé l’éducation moderne de nombreuses manières. À sa mort, il a fait l’objet d’hommages de toutes sortes, certains le qualifiant de « chercheur le plus inspirant de l’université Howard », d’autres de « père de la psychologie noire ».

Photo: Enje Daniels Photography
Dre Cranla Warren
La Dre Cranla Warren est la vice-présidente du développement du leadership à l’Institute for Health and Human Potential. Son travail est axé sur le leadership et le mentorat, à la fois auprès des professionnelles et des jeunes filles noires.
« Tu es ma thérapeute depuis nos 13 ans. »
L’amie d’enfance de la Dre Cranla Warren a communiqué avec elle pour la féliciter d’avoir été nommée parmi les 100 femmes noires canadiennes les plus remarquables de 2022 (voir Top 100 Accomplished Black Canadian Women for 2022). Elle affirme ne pas avoir été surprise de l’honneur rendu à la Dre Warren, puisqu’elle aide les gens depuis aussi loin qu’elle se souvienne, en jouant entre autres le rôle de « thérapeute » auprès de ses amis, et ce, dès son plus jeune âge. « Je n’ai jamais douté que tu serais thérapeute, comme tu as été la mienne depuis mes 13 ans! Mais tu as aidé énormément de personnes au fil des ans, dont les vies ont sans aucun doute changé après t’avoir connue. »
Pour la Dre Warren, cette passion transcende le simple fait d’offrir une épaule sur laquelle pleurer ou une oreille attentive. Elle est celle vers qui tous ses amis se tournent pour parler de leurs difficultés ou de leurs problèmes, et elle commence à étudier sérieusement ce qui motive et stimule les gens. Elle commence à lire des ouvrages de psychologie; ils étaient plutôt rares dans les années 1970, mais elle lit tous ceux qu’elle arrive à dénicher, comme les livres de la Dre Joyce Brothers, l’une des seules femmes psychologues renommées à cette époque.
« À l’adolescence, je suis devenue une étudiante du comportement humain, lisant tout ce qui me tombait sous la main, tentant de comprendre tout ce que je pouvais. J’ai réalisé que c’était la voie que je voulais emprunter, mais l’itinéraire fut très sinueux. »
Son parcours débute en travail social, puis elle se dirige vers la psychothérapie, pour finalement aboutir en affaires. À travers toutes ces expériences, la Dre Warren poursuit son étude du comportement humain, trouvant le moyen de nouer des liens avec les gens à toutes les étapes de son parcours. Elle obtient son doctorat en psychologie des organisations. Elle est actuellement la vice-présidente du développement du leadership à l’Institute for Health and Human Potential (IHHP), où elle se spécialise en culture organisationnelle et (comme son titre l’indique) en développement du leadership.
Une large part de son succès en tant que psychologue, professionnelle et personne vient de son habileté à comprendre les autres. Mais ce succès n’a pas été facile à atteindre. En réalité, tout a débuté de façon plutôt chaotique.
« Ne cherche pas à devenir psychologue, ce n’est pas dans tes cordes car tu auras trop d’obstacles à surmonter. Choisis quelque chose de réalisable, comme devenir secrétaire. »
Ce conseil est donné à une jeune Cranla Warren par un conseiller en orientation avant qu’elle ne fasse une demande à l’université, avant qu’elle ne façonne son cheminement de carrière, et avant que le titre de « Dre » ne soit inscrit devant son nom. Ce qui joue en sa défaveur : elle est une jeune fille noire, quelqu’un pour qui la réussite scolaire est peu probable, et pour qui le parcours vers le succès serait parsemé de dizaines d’obstacles inexistants pour les autres. Elle surmonte ces obstacles grâce, dit-elle, à une famille qui la soutient et à une succession de formidables mentors rencontrés non seulement à l’école, mais plus tard, tout au long de sa vie professionnelle.
« Je suis très chanceuse, j’en prends conscience tous les jours. J’ai eu d’incroyables mentors à chaque étape de mon parcours professionnel. Par contre, j’estime aussi que je suis allée activement les chercher. Ce n’est pas tout le monde qui sait comment être proactif à cet égard. Lorsque j’ai été embauchée par une entreprise pharmaceutique, j’avais travaillé dans un hôpital où j’étais clinicienne, mais je n’avais jamais travaillé dans une entreprise. J’avais donné une conférence, quelqu’un l’avait vue, et ils ont adoré ce que j’avais présenté, et ils savaient que j’étais une défenseure de la santé mentale. Ils voulaient une personne comme moi dans leur groupe d’éducation médicale. On m’a mise en contact avec les gens qui occupaient les postes de pouvoir et ils ont dit “Je crois en ce que je vous vois faire et je vais vous aider à monter dans cette entreprise”. Même si éventuellement, cela aurait pu mettre leur carrière en danger. Mes supporteurs, mentors et parrains du monde des affaires ont toujours été des hommes blancs, puisque c’est eux qui détenaient traditionnellement les sièges du pouvoir. »
Cette approche proactive dans les efforts de trouver des mentors et des parrains au sein d’une organisation est une dimension que transmet la Dre Warren à plusieurs professionnelles qui communiquent avec elle précisément à cette fin.
« On communique avec moi assez fréquemment, des femmes noires et des femmes de couleur en particulier, qui disent vouloir apprendre à briser le plafond de verre, tel qu’il existe dans leurs organisations. Elles veulent être des dirigeantes dans leur entreprise. Mais elles se heurtent continuellement à tant d’obstacles systémiques qu’elles ne savent pas comment s’y prendre. Je suis formée en coaching, et j’aide à les coacher en créant un plan de développement distinct de leurs organisations, pour les mener sur la voie du leadership. Cela commence surtout par la connaissance de soi, l’intelligence émotionnelle, votre façon de vous présenter. À partir de là, ça s’étend à l’organisation elle-même. Qui peut agir en tant que mentor pour elles? Qui pourrait être un parrain éventuel? Les femmes noires sont fréquemment ignorées et elles sont invisibles dans plusieurs organisations. »
La Dre Warren a déconstruit son propre parcours afin de cerner où se situent les obstacles, où se concentrent les sièges du pouvoir, et ce qu’il faut pour percer dans les organisations, particulièrement pour les femmes noires.
« À moins de compter sur une personne qui a son mot à dire et prend part aux décisions, et qui plaide en votre faveur, qui est votre champion, votre parrain, qui parle de vous et de vos habiletés quand vous n’êtes pas présente, il est très, très difficile d’avancer. »
Après avoir déconstruit son propre parcours et contribué à créer celui qui permettrait à plusieurs femmes noires de réussir dans les organisations de toute l’Amérique du Nord, la Dre Warren ne s’est pas arrêtée là. L’idée du mentorat, et la valeur qu’il transmet sont au cœur de sa philosophie à tout point de vue. Elle transmet également cette idée aux femmes et aux filles de sa région.
« Je suis mentore auprès des femmes et des filles noires depuis peut-être 20 ans. Au cours de la dernière décennie, très formellement, sous l’égide d’un groupe de coordination appelé Trust 15, où j’ai travaillé avec la fondatrice, Marcia Brown, pour offrir diverses expériences aux personnes inscrites à ses programmes Girls on the Rise et Ladies on the Rise. Elles n’avaient jamais rencontré auparavant une personne qui avait mon niveau d’instruction, et je me rendais à Toronto pour être un modèle, pour être une mentore, pour les soutenir dans leurs efforts de créer efficacement leurs rêves, et par la suite, élaborer un plan pour les réaliser. »
La Dre Warren a mis sur pied un programme qui permet à de jeunes Noires des quartiers défavorisés dont elle est la mentore de se rendre à Stratford, où elle vit, pour assister au célèbre festival du même nom. Elles ont la possibilité de visiter l’entrepôt et de rencontrer toutes sortes de personnes impliquées dans les productions théâtrales, des acteurs aux décorateurs. Elles sortent de cette expérience avec un sentiment nouveau de ce qui est possible. “Vraiment, on peut travailler dans la conception de costumes, la création d’accessoires ou la fabrication de perruques? Vous voulez dire que ça pourrait être de véritables emplois?” »
« Le conseil que m’a donné mon conseiller d’orientation [de ne pas viser trop haut] date des années 1970, et nous voilà dans les années 2020, et les jeunes filles noires entendent toujours le même message. Nous les emmenons donc en autobus à Stratford, en partenariat avec le festival, et nous leur offrons un tout nouveau regard sur le monde. C’est une expérience incroyable que de se promener le long de la rivière et de déjeuner à l’extérieur – des choses que ces filles n’ont généralement pas l’occasion de faire dans leur propre quartier. »
Pour les jeunes filles noires des quartiers défavorisés de Toronto, le simple fait d’être exposées à un monde de possibilités jusqu’ici inconnu peut ouvrir des portes, créer des rêves et des cheminements de carrière qui peuvent leur sembler inatteignables. Pour celles qui se lancent dans la réalisation de ces rêves, la valeur du mentorat reste tout aussi élevée, ce qui reste, à tout moment, une priorité pour la Dre Warren.
« En réalité, c’est grâce à mon mentor-parrain de l’industrie pharmaceutique, un homme blanc qui occupait un poste à la vice-présidence, que je suis maintenant ici à l’IHHP [Institute for Health and Human Potential]. Lorsqu’ils cherchaient quelqu’un, il leur a dit : “Voilà la personne dont vous avez besoin”. C’est toujours une question de savoir “qui est votre champion de l’intérieur?” »
Pour beaucoup trop de femmes et de filles noires au Canada et aux États-Unis, la réponse à cette question est « personne ». Mais plusieurs d’entre elles auront une réponse, si jamais on leur pose la question.
« Qui vous soutient? »
« La Dre Cranla Warren. »
Dre Donna FergusonFévrier, c’est le Mois de l’histoire des Noirs, et la SCP met en vedette, tout au long du mois, des psychologues noirs contemporains. La Dre Donna Ferguson est psychologue clinicienne et travaille pour le Programme travail, stress et santé du CAMH; elle exerce également en pratique privée, où elle effectue, entre autres choses, des évaluations de l’admissibilité au statut de réfugié et des évaluations des besoins humanitaires.
« C’est agréable de recevoir les commentaires d’un avocat qui vous dit que votre rapport a vraiment été déterminant dans la cause qu’il défendait. »
Il est rare que les avocats communiquent avec la Dre Donna Ferguson pour lui faire une quelconque mise à jour. Mais quand c’est le cas, elle éprouve un immense plaisir car elle sait qu’elle a joué un rôle décisif dans la situation d’un réfugié qui demandait l’asile au Canada. La Dre Ferguson est psychologue clinicienne et travaille pour le Programme travail, stress et santé du CAMH; elle exerce également en pratique privée, où elle effectue, entre autres choses, des évaluations de l’admissibilité au statut de réfugié et des évaluations des besoins humanitaires.
« Il se peut qu’un avocat ait un client venu de son pays d’origine, où il a peut-être subi un traumatisme, dit-elle. Il s’agit parfois d’un traumatisme causé par un conjoint ou un époux, ou d’un traumatisme encore plus grave, par exemple de la violence politique. Dans certains cas, le client pourrait avoir peur pour sa vie. Dans le cadre de la demande de statut de réfugié de son client, l’avocat peut demander une évaluation psychologique pour établir un diagnostic. »
Le diagnostic posé par la Dre Ferguson et son équipe ne sert pas à décider si une personne restera ou non au Canada, ou si sa demande de statut de réfugié est légitime. Les évaluations ne sont pas des tests de polygraphie comme ceux que l’on voit parfois dans les films. La Dre Ferguson et son équipe évaluent plutôt la personne et font des recommandations en fonction de ce que celle-ci a vécu et de ce qu’elle pourrait vivre dans le futur.
« Si par exemple, un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) était posé, nous monterions un dossier pour expliquer ce qui s’est passé et, si possible, faire en sorte qu’elle reçoive un traitement ici, au Canada. Et nous pourrions dire que si elle était renvoyée dans son pays d’origine, ses symptômes s’aggraveraient, et nous ferions des recommandations à cet égard. »
Dans le contexte de la pandémie, ces évaluations sont de plus en plus rares – les réaliser sur des plateformes virtuelles s’est avéré difficile, surtout lorsqu’un traducteur doit être ajouté à la démarche. Durant cette période, la Dre Ferguson s’est concentrée davantage sur son travail au CAMH, où elle s’est éloignée de sa spécialité d’origine, la dépendance au jeu, pour s’intéresser davantage à la santé mentale au travail.
« Je participe à de nombreux groupes de travail au CAMH en tant que responsable de la santé mentale en milieu de travail et je donne des conseils aux chefs d’entreprise. Nous travaillons pour le compte de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (CSPAAT), et les personnes que nous voyons sont principalement de leurs clients. Au cours des 20 dernières années, j’ai beaucoup appris sur les milieux de travail! Ce qu’il faut faire et ne pas faire pour que les chefs d’entreprise s’occupent de leurs employés, et comment faire pour que les gens se sentent bien au travail. »
Encore une fois, la pandémie a un peu bouleversé les choses. Des années d’apprentissage des tenants et aboutissants de la culture d’entreprise, des meilleures pratiques et de l’analyse des données issues de toutes sortes d’études n’ont préparé personne au passage soudain à des activités commerciales virtuelles.
« Une grande partie de ce travail est en cours. Les gens ont dû faire preuve de créativité très rapidement lorsqu’il a fallu faire face à la pandémie, pour créer un environnement virtuel. Le CAMH l’a fait de nombreuses façons – notre programme est entièrement fonctionnel en mode virtuel. Nous avons restructuré nos outils d’évaluation pour qu’ils soient virtuels, nos programmes de traitement individuels et de groupe, et toutes nos réunions sont devenues virtuelles. Le CAMH dans son ensemble, et pas seulement notre programme, a vraiment fait beaucoup de choses de manière virtuelle, et les connaissances acquises ont permis d’aider d’autres organisations. »
Qu’il s’agisse d’aider les entreprises dotées d’une culture de longue date à s’adapter à la pandémie tout en veillant à la santé mentale de leurs employés ou d’aider les gens issus de cultures très différentes à trouver de l’aide ici, au Canada, le programme de la Dre Ferguson reste chargé. Et le travail qu’elle accomplit, quelle que soit sa forme, reste gratifiant!
Dr Kofi-Len BelfonFévrier, c’est le Mois de l’histoire des Noirs, et la SCP met en vedette, tout au long du mois, des psychologues noirs contemporains. Le Dr Kofi-Len Belfon est un psychologue clinicien et travaille avec les enfants, les adolescents et les familles. Il porte de nombreux chapeaux, comme celui de directeur clinique adjoint de Kinark Child and Family Services.
« Pensons-nous réellement à concevoir les programmes d’une manière anti-oppressive? Est-ce que nous envisageons le contenu? »
Le Dr Kofi Belfon est un psychologue clinicien et travaille avec les enfants, les adolescents et les familles. Il est le directeur clinique adjoint de Kinark Child and Family Services, a un cabinet privé appelé Belfon Psychological Services, est membre du conseil d’administration d’Esprits Sains Enfants Sains (anciennement la Fondation de psychologie du Canada) et siège au comité sur l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) de l’Ordre des psychologues de l’Ontario. Orateur pondéré, il réfléchit attentivement avant de répondre aux questions que je lui pose. Le thème de la « réflexion » revient assez souvent pendant notre conversation.
Né à Sainte-Lucie, le Dr Belfon a immigré au Canada lorsqu’il avait à peu près cinq ans. Sa famille a déménagé dans les Caraïbes lorsqu’il avait environ 15 ans, et il est resté chez des amis de la famille pour terminer ses études secondaires au Canada. Ses parents accordaient beaucoup d’importance à l’instruction et l’ont encouragé à aller à l’université. Son frère est médecin et il a d’abord étudié à l’Université McMaster pour faire ses études de premier cycle en vue de suivre les traces de son frère et de devenir médecin. Mais très vite, il découvre que non seulement il réussit très bien dans ses cours de psychologie, mais qu’il les aime vraiment. Une nouvelle voie professionnelle s’ouvrait.
Après son baccalauréat, le Dr Belfon a travaillé dans une usine de peinture. Pendant ce temps, il a passé son test GRE (Graduate Records Examination – un test général normalisé visant à mesurer les capacités scolaires des diplômés) et il a fait des demandes d’admission auprès de programmes d’études supérieures en psychologie. Ce qu’il n’a pas fait, et qui a peut-être joué un rôle déterminant, c’est passer le test GRE évaluant les aptitudes en psychologie. Toutes les écoles d’études supérieures ont refusé sa demande, sauf une.
« Le seul endroit où j’ai été accepté est l’Université de Guelph. Le Dr Michael Grand a été un superviseur vraiment formidable qui m’a soutenu et encouragé. Mais j’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur, doutant constamment de moi. “Je n’ai été accepté nulle part ailleurs, pourquoi ai-je été accepté ici, est-ce qu’ils essaient tout simplement de remplir un quota? Est-ce que j’ai été admis parce que je suis un Noir et un homme, et qu’ils veulent accroître la diversité au sein de leur programme?” Je manquais de confiance et mes doutes sur moi-même ont perduré longtemps. Nous n’étions qu’une petite cohorte, de cinq ou six personnes à peine, et j’étais le seul à ne pas avoir de bourse. J’ai fait des demandes de bourse chaque année et aucune n’a été acceptée, ce qui a alimenté le syndrome de l’imposteur et le sentiment que je n’étais pas à ma place.
Le bon côté des choses c’est, entre autres choses, que cela m’a obligé à travailler parce que je n’avais pas beaucoup d’argent! J’ai travaillé énormément sur le terrain. J’ai travaillé au conseil scolaire du district de Toronto pendant toutes mes études de doctorat et j’ai beaucoup d’expérience dans le domaine de l’éducation. J’ai travaillé dans un cabinet privé, j’ai travaillé au Syl Apps Youth Centre et j’ai acquis beaucoup d’expérience clinique intéressante. J’étais toujours très satisfait de mon travail de recherche. L’une des choses que j’aimais chez le Dr Grand, c’est qu’il ne m’empêchait pas de faire ce que je voulais.
Mes recherches portaient sur la violence communautaire chronique dans la région de Scarborough, puis, dans le cadre de mon doctorat, je me suis intéressé aux besoins en santé mentale des enfants en placement et en détention. À cette époque, au moins 50 % des enfants avec lesquels je travaillais étaient des PANDC. Une partie de ces recherches s’explique par le fait qu’à l’université, j’avais un ami proche qui est mort des suites de la violence armée. C’est ce qui m’a poussé à entamer ces recherches, et aujourd’hui encore, j’aimerais avoir plus de temps pour faire de la recherche et d’autres choses de ce genre, parce que cela signifie énormément pour moi. »
Avec tous les postes qu’occupe le Dr Belfon et les multiples chapeaux qu’il porte, il lui reste très peu de temps pour la recherche – ou pour quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Surtout aujourd’hui, car, d’après lui, la pandémie a considérablement augmenté la charge de travail. Les listes d’attente ne cessent de s’allonger et de plus en plus d’enfants, de jeunes et de familles demandent de l’aide pour des problèmes de santé mentale. Selon lui, cette augmentation de la demande est bien antérieure à la pandémie. Il dit avoir constaté, au cours des cinq dernières années, une augmentation du nombre de jeunes demandant de l’aide pour des problèmes de dépression, d’anxiété et de santé mentale. Il est difficile de dire si cela est dû au fait que les jeunes sont plus nombreux à souffrir ou au fait que les efforts déployés pour déstigmatiser ces maladies les incitent à demander de l’aide.
Les personnes qui s’adressent au Dr Belfon sont souvent des familles noires qui veulent voir un psychologue qui leur ressemble et qui a un vécu semblable au leur. Souvent, elles sont prêtes à attendre très longtemps, plus de huit mois parfois, pour consulter un psychologue noir. Pour lui, ce n’est pas l’idéal – c’est très long lorsque vous avez des problèmes graves, et il n’y a aucune garantie que vous rencontrerez un professionnel. Comme le dit le Dr Belfon, « nous confondons sans cesse race et culture ».
La rareté des psychologues noirs demeure une difficulté dans les communautés de couleur et se ressent fortement dans le sud de l’Ontario. À un moment donné, Belfon Psychological Services employait 60 % des psychologues noirs de la région – ils étaient trois. Voilà une autre raison pour laquelle la question de l’équité, de la diversité et de l’inclusion est si importante dans le domaine de la psychologie.
Le Dr Belfon apporte la dimension de l’EDI à tous ses projets, en s’efforçant de rendre les programmes plus inclusifs à Esprits Sains Enfants Sains, à l’organisme Kinark et dans son cabinet privé. Selon lui, il est bon de faire des efforts pour utiliser un langage plus inclusif, et de choisir des images et des exemples qui mettent en scène un groupe de personnes plus diversifié. Tout cela est utile pour faciliter l’accès et inciter davantage de personnes à demander des services et de l’aide. Mais ces mesures restent « superficielles ». Une fois que les gens ont franchi la porte, la programmation elle-même répond-elle à leurs besoins? Le programme auquel ils accèdent est-il aussi inclusif que le message qui les a amenés ici en premier lieu?
« Je ne connais pas nécessairement les réponses à ces questions. La psychologie commence à peine à penser de cette manière. Mais nous devons évaluer ces choses tout en pensant à la diversité et à la façon dont les différentes familles peuvent envisager ces choses différemment. Par exemple, un programme de formation parentale où nous parlons des pratiques parentales et de ce que nous considérons, en Amérique du Nord, comme des pratiques saines. Cela peut être totalement différent pour une famille dont les parents n’ont pas grandi dans la société nord-américaine et qui n’ont peut-être pas les mêmes valeurs. »
C’est à ce moment que le Dr Belfon revient au thème de la « réflexion » – ce qui compte le plus dans les efforts d’équité, de diversité et d’inclusion, c’est qu’ils soient au premier plan lorsqu’un programme est conçu, un comité est créé ou une politique est mise en œuvre. Si nous commençons tous à regarder ces questions sous l’angle de l’EDI et que nous partons de là, il est plus probable que le résultat final soit réellement inclusif et ne soit pas une simple façade.
« Nous réfléchissons systématiquement dans les organismes, à toutes les choses qui sont tournées vers l’intérieur. Les structures de direction, les pratiques d’embauche, les politiques et les procédures, en réfléchissant à la façon dont nous nous traitons les uns les autres. Peut-être avons-nous changé certaines formulations et expressions et amélioré des choses élémentaires, comme éliminer le langage binaire lié au genre sur nos formulaires. Une fois que nous aurons établi un cadre pour ce genre de choses – et nous avons entamé une partie de ce travail à Kinark –, la prochaine étape consistera à aborder la pratique clinique réelle, et à y réfléchir plus attentivement. Cela prendra du temps, et peut-être que rien ne changera! Peut-être que nous examinons un programme et décidons que le contenu est conforme à ce qu’il doit être. Mais y avons-nous réfléchi? Nous sommes-nous demandé si le contenu était pertinent ou non, au lieu de supposer que tous ces concepts sont neutres sur le plan culturel? Selon moi, c’est très important. »
Le comité de l’EDI du Collège des psychologues de l’Ontario ne travaille pas en vase clos. Il s’agit plutôt d’un groupe de personnes dont le rôle est d’influencer tous les autres groupes qui peuvent bénéficier de leur contribution. La Dre Donna Ferguson est la présidente du comité et le Dr Belfon travaille avec elle et les autres pour intégrer l’EDI à la culture globale du Collège.
« Nous avons étudié les expériences de nos membres par rapport à l’EDI et au Collège, en commençant par distribuer des questionnaires aux membres et recueillir des données auprès d’eux. Nous avons fait quelques formations sur l’EDI avec les autres comités, comme le comité de discipline, le comité de l’assurance de la qualité, mon propre comité, qui est celui des relations avec la clientèle. Nous disposons donc d’un langage avec lequel nous pouvons envisager l’EDI dès le départ. Ce que nous avons demandé, c’est qu’après cette formation, les membres de ces comités soient invités à réfléchir à la manière dont la thématique de l’EDI pourrait être liée à leur travail. »
Le Dr Belfon, la Dre Ferguson et le reste du comité de l’EDI se rendent dans chacun des autres comités, un à un, pour discuter du lien entre l’équité, la diversité et l’inclusion, et leur travail.
« Par exemple, si le comité d’inscription est responsable des examens oraux, y a-t-il des éléments des examens oraux auxquels nous devrions réfléchir et que nous devrions repenser à la lumière de l’anti-oppression ou de l’inclusion? »
Réfléchir. C’est le thème central de tout ce que fait le Dr Belfon, et c’est la clé pour faire évoluer les organisations, les entreprises, les groupes, et même la psychologie elle-même, dans une direction plus inclusive. C’est bien d’agir, mais avant d’avoir agi, avez-vous réfléchi? Avez-vous envisagé les choses sous l’angle de l’inclusion? Et comment vous assurez-vous que vos programmes sont inclusifs, plutôt que de simplement en avoir l’air?
Cela mérite réflexion.
Dre Monnica WilliamsFévrier, c’est le Mois de l’histoire des Noirs, et la SCP met en vedette des psychologues noirs contemporains tout au long du mois. La Dre Monnica Williams est chercheuse à l’Université d’Ottawa et se consacre à rendre la recherche plus ouverte aux personnes de couleur. En particulier, aujourd’hui, la recherche sur la médecine psychédélique.
La Dre Monnica Williams est thérapeute, auteure et chercheuse à l’Université d’Ottawa (entre autres choses, la liste de ses titres de compétences étant très longue). Elle a une longue expérience du militantisme, de l’activisme et de la défense de la justice sociale et s’est spécialisée dans la problématique des disparités raciales dans le domaine de la santé, de la recherche et ailleurs. Experte des troubles anxieux, elle est actuellement l’une des très rares personnes à faire de la recherche sur l’inclusion des personnes de couleur dans la médecine psychédélique.
« Une grande partie de mes recherches a été consacrée aux traumatismes, particulièrement aux traumatismes vécus par les personnes racisées, qui sont liés au racisme, et à la façon d’aider le mieux possible les personnes qui en souffrent. Lorsque j’ai appris, il y a six ou sept ans, que des recherches étaient menées sur l’utilisation de la MDMA pour le traitement du SSPT, j’ai été très intéressée. Premièrement, est-ce que ça fonctionne? Si l’on regarde les essais cliniques et les recherches qui ont été menées, il semble que ce soit très efficace. Et deuxièmement, est-ce que cela fonctionnera chez les gens de couleur? Il était évident que si la recherche était prometteuse, elle n’était pas inclusive.
Le fait de voir des millions et des millions de dollars investis dans cette nouvelle approche thérapeutique, qui, à mon avis, va vraiment changer la donne pour la santé mentale, et de constater en même temps que les personnes de couleur n’en font pas partie, m’a inquiétée – et m’a mise un peu en colère, en fait. C’est bon pour les Blancs, alors pourquoi n’en profitons-nous pas?
J’ai donc entrepris de faire des recherches à ce sujet afin de pouvoir quantifier le degré d’exclusion que nous subissons. J’espérais aussi que cela puisse servir d’appel à l’action – pour sensibiliser les gens au fait que nous devons être inclus et que notre opinion doit être entendue, et que les approches thérapeutiques doivent être adaptées à nos communautés. Il ne s’agit pas seulement de ce que l’on pourrait considérer comme un client blanc typique de la classe moyenne, mais de toute une variété de personnes qui pourraient bénéficier de ces traitements.
Il est également important de souligner que non seulement un grand nombre de ces médicaments psychédéliques ont été volés aux cultures autochtones, mais que certaines méthodes ont également été volées aux cultures autochtones. Nous devons donc être conscients de cela lorsque nous abordons ces recherches. »
La Dre Williams est depuis longtemps une défenseur de l’inclusion dans la recherche. Depuis trop longtemps, les personnes de couleur sont exclues des recherches de toutes sortes, notamment dans divers domaines de la psychologie.
« Une grande partie de la recherche qui se fait exclut d’emblée la diversité, et non seulement elle perpétue le problème, mais elle en est aussi le symptôme. Le fait que nous n’ayons pas assez de chercheurs de couleur pour faire des recherches pour les personnes de couleur est une partie du problème. Certes, il y a beaucoup de Blancs qui font des recherches sur ces populations, mais nous devons aussi être inclus. Comme le dit le dicton, « Rien pour nous sans nous ». Le milieu de la recherche doit nous représenter et nous devons en faire partie.
Une des choses importantes que je préconise est une plus grande inclusion : ouvrir les portes de nos établissements d’enseignement à des thérapeutes de couleur et souligner la nécessité d’y être inclus. Je fais également beaucoup de recherches pour mettre en lumière ces questions – comment les traitements doivent être adaptés aux personnes de couleur, comment les thérapeutes qui sont actuellement en formation peuvent en apprendre davantage sur la manière de traiter les gens dans une optique plus inclusive. Même les rares thérapeutes de couleur qui réussissent sont formés pour traiter les Blancs. Par conséquent, tout le monde doit comprendre les meilleures pratiques lorsqu’il s’agit de travailler avec les questions raciales, ethniques et interculturelles. »
La Dre Williams explique que, pendant ses études et par la suite, elle n’a pas pu trouver de mentor noir dans son établissement d’enseignement, et c’est pourquoi il est très important pour elle de servir de mentor à autant d’étudiants que possible qui se trouvent dans la même situation qu’elle lorsqu’elle était aux études.
« Je fais beaucoup de mentorat auprès des étudiants de couleur, parce que je n’ai pas pu bénéficier de ce genre de mentorat. Lorsque j’étais une jeune psychologue, au début de ma carrière, la personne qui était censée me servir de mentor était en fait assez violente. Je suis donc allée ailleurs et j’ai trouvé mes propres mentors à la Delaware Valley Association of Black Psychologists. J’ai travaillé avec quelqu’un là-bas, et c’était bien. Le travail que je faisais et ce qu’il faisait ne correspondaient pas exactement, mais j’étais vraiment heureuse que des Noirs me soutiennent, m’encouragent et croient en moi. C’était très différent de mon environnement actuel, et cela a beaucoup compté. »
Malheureusement, encore aujourd’hui, les établissements d’enseignement n’offrent pas tous un environnement inclusif et accueillant pour les étudiants ou les professionnels noirs. C’est pourquoi Monnica a choisi d’aller ailleurs lorsqu’elle était une jeune psychologue, et c’est pourquoi les personnes de couleur cherchent souvent à aller ailleurs aujourd’hui. La création de ces espaces inclusifs fait partie de la mission qu’elle s’est donnée, et c’est un objectif dont le reste du Canada – dans les établissements d’enseignement et ailleurs – devrait se rapprocher.
Dr Jude Mary CénatFévrier, c’est le Mois de l’histoire des Noirs, et la SCP met en vedette des psychologues noirs contemporains tout au long du mois. Jude Mary Cénat, Ph. D., est le directeur du Laboratoire de Recherche Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC) de l’Université d’Ottawa et le directeur du Centre Interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s.
« Quel domaine peut être plus antiraciste que la psychologie? Nous sommes là pour soutenir les êtres humains, le développement de la personne et le bien-être des individus! Il n’y a pas de domaine qui puisse aborder les questions raciales aussi bien que la psychologie. »
Jude Mary Cénat, Ph. D., se passionne pour la lutte contre le racisme en psychologie et invite ses collègues du secteur de la santé mentale à se joindre au mouvement. Le Dr Cénat est professeur agrégé à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa et directeur du Laboratoire de Recherche Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC) de la même université. Il est en outre le directeur du Centre Interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s.
Le laboratoire V-TRaC a trois axes. Le premier s’intéresse aux aspects familiaux, sociaux et culturels des traumatismes et de la résilience. Le deuxième axe est consacré à la santé mentale mondiale. Le laboratoire mène un projet sur différents pays d’Afrique visant à documenter les problèmes de santé mentale liés aux maladies infectieuses, comme le virus Ebola et la COVID-19. Cet axe s’intéresse également à la violence fondée sur le sexe et la santé mentale dans les Caraïbes. Le troisième axe porte sur les disparités raciales en matière de santé et de services sociaux.
« Nous menons des projets sur la santé mentale des Noirs, et nous avons réalisé la première enquête sur la santé mentale des Noirs au Canada, dans le cadre d’un projet important financé par l’Agence de la santé publique du Canada visant à documenter la santé mentale des Noirs et à créer et mettre en œuvre des programmes liés à cette question. Nous nous penchons sur la surreprésentation des enfants noirs dans les organismes de protection de la jeunesse pour essayer de comprendre tous les facteurs qui sont à l’origine de cette situation et proposer des solutions. » En décembre 2021, le laboratoire V-TRaC a dévoilé 13 recommandations visant à réduire la surreprésentation des enfants noirs dans le système de protection de la jeunesse.
L’implication des services de protection de la jeunesse dans la vie de l’enfant est le principal facteur permettant de prédire si un jeune se retrouvera sans abri et si d’autres problèmes, comme la pauvreté et une faible scolarisation, apparaîtront plus tard. La surreprésentation des jeunes noirs dans ce système fait qu’ils subissent ces effets plus souvent que les autres groupes, ce qui entraîne un cycle perpétuel.
« Le premier facteur est que les professionnels des organismes de protection de la jeunesse ne sont pas formés pour prendre en compte les aspects culturels des familles noires. Nous réunissons beaucoup de groupes de discussion avec les intervenants, et l’une des choses qu’ils soulignent est qu’ils ne sont pas assez formés pour aborder les questions culturelles. Nous avons mené une étude qui a montré que, en 2020, plus de 48 % des programmes de travail social offerts dans les universités et les collèges de l’Ontario ne comptaient pas de cours obligatoire sur la culture. Il existe aussi des facteurs systémiques, comme la pauvreté dans les communautés noires, et la discrimination raciale que beaucoup d’enfants et de jeunes noirs ont vécue dans le système de protection de la jeunesse.
Mais ce n’est pas seulement le système de protection de la jeunesse comme tel qui est en cause, c’est aussi la société en général. Dans les écoles, par exemple, les enseignants sont plus susceptibles d’appeler les services de protection de la jeunesse en cas de problème avec un enfant noir qu’avec un enfant blanc. La société canadienne est une société “sans préjugés raciaux”; nous disons : “Je ne vois pas la couleur de votre peau, je vois vos problèmes et j’essaie de les régler”. Lorsqu’un enfant a des problèmes à l’école, on peut appeler ses parents pour le régler. Mais souvent, s’il s’agit d’un enfant blanc, l’enseignant aborde le problème directement avec les parents, alors qu’il risque d’appeler la protection de la jeunesse directement s’il s’agit d’un enfant noir. »
L’idée d’une société “sans préjugés raciaux” équivaut à celle d’une société “non raciste”. C’est un moyen passif d’aborder la race, où le fait de ne pas rire d’une blague raciste ou de ne pas se faire complice d’un recrutement discriminatoire est suffisant. Mais cela ne va pas assez loin pour corriger les inégalités raciales existantes. Le Dr Cénat espère que nous pourrons dépasser les notions de “non-racisme” et d’“absence de préjugés raciaux” pour devenir une société véritablement antiraciste au Canada.
« Comme l’a dit Ikram Kendi, il n’y a pas de “racistes” et de “non-racistes”. Il y a des “racistes” et des “antiracistes”. Parce que si vous êtes simplement “non raciste”, vous vous autorisez à observer des personnes se montrer racistes et vous vous rassurez en vous disant que vous n’êtes pas l’une d’elles. Vous ne posez pas de geste qui puisse contrer le racisme. Et ce n’est qu’en agissant contre le racisme que nous créerons une société antiraciste. »
C’est dans cet esprit que le Dr Cénat et son équipe ont créé le cours Comment fournir des soins de santé mentale antiracistes, qui donne droit à des crédits de formation continue approuvés par la SCP. Si les professionnels de la santé mentale, les universitaires des établissements d’enseignement supérieur et les dirigeants de tout le pays adoptent les principes de l’antiracisme, nous pourrons véritablement commencer à nous approcher d’un Canada inclusif où tout le monde se sent le bienvenu, où la discrimination et le profilage ne sont pas tolérés, où nous sommes tous sur un pied d’égalité et où nous avons tous les mêmes chances.
Le Dr Cénat a publié un article dans The Lancet dans lequel il explique que les soins de santé mentale antiracistes sont des soins proactifs, dans le sens où ils abordent les questions raciales sans attendre que les clients ou les patients les soulèvent. Les soins antiracistes vont au-delà des soins interculturels. Ils intègrent à la fois des aspects culturels et des éléments qui permettent de tenir compte des dommages causés par la discrimination raciale, le profilage racial et les microagressions raciales. C’est une façon de créer des espaces dans une société exempte de racisme.
« Le problème de la notion de société “sans préjugés raciaux” est le suivant. Prenons l’exemple d’un homme noir qui se présente dans votre bureau; vous vous dites : “Je ne vois pas la couleur de sa peau, je l’évalue et je lui offre des soins sans voir la couleur de sa peau.” Mais le fait est qu’il se peut que la couleur de sa peau fasse partie de son problème. Cet homme noir est peut-être déprimé, et l’un des facteurs qui expliquent sa dépression est la discrimination raciale qu’il vit au travail. Ou parce que ses enfants sont victimes de discrimination et qu’il n’a pas assez de pouvoir pour défendre ses enfants, ce qui lui rappelle qu’enfant, il a subi la même discrimination de la part des autres enfants et des enseignants. Lorsque vous vous dites que vous ne voyez pas la couleur de sa peau, vous ne traitez pas son problème, car la couleur de sa peau fait partie intégrante de son problème. »
Il ne s’agit pas seulement d’une situation hypothétique à laquelle un professionnel de la santé mentale pourrait être confronté, mais d’une situation étayée par des données. L’équipe du Dr Cénat a publié un article qui montre que les Canadiens noirs âgés de 15 à 40 ans qui connaissent de hauts niveaux de discrimination raciale sont trente-six fois plus susceptibles de présenter des symptômes graves de dépression que ceux qui connaissent des niveaux inférieurs de discrimination.
« Si vous recevez un membre de la communauté noire présentant des symptômes dépressifs, vous devez l’interroger sur la discrimination raciale et les traumatismes qu’il a subis ou qu’il subit. C’est ce que notre cours Comment fournir des soins de santé mentale antiracistes apprend aux cliniciens : ils sont amenés à s’interroger sur eux-mêmes pour se connaître davantage et pour prendre conscience de leurs propres préjugés, puis à évaluer les problèmes raciaux et les traumatismes dans leurs activités cliniques. Enfin, ils apprennent comment fournir des soins antiracistes aux enfants, aux adolescents et aux familles. »
Du 26 au 28 octobre de cette année, le Dr Cénat et son équipe tiendront la première conférence consacrée exclusivement à la santé mentale des Noirs, qui s’intitule « Black Mental Health in Canada: Overcoming Obstacles, Bridging the Gap ». Comme le dit le Dr Cénat, aucune profession ne dispose de meilleurs outils pour lutter contre le racisme que la psychologie. Et il est déterminé à mettre autant d’outils qu’il le peut dans cette boîte à outils.
Dre Eleanor GittensLa Dre Gittens est professeure au Georgian College et enseigne au programme universitaire de formation policière. Elle aide les étudiants à confronter leurs préjugés avant d’obtenir leur diplôme et devenir policiers, en les emmenant à la Barbade!
Le plat national de la Barbade est le poisson volant frit au coucou (une bouillie à base de farine de maïs et de gombos) agrémenté d’une sauce épicée. La cuisine barbadienne est aussi appelée cuisine Bajan, et les beignets de poisson et les gourmandises frites typiques de la Barbabe ont influencé la cuisine du monde entier. Comme c’est le cas de la nourriture, la Barbade elle-même a eu un impact culturel hors norme par rapport à sa petite taille. La Barbade a une population de moins de 300 000 habitants.
La ville de Barrie, en Ontario, fait, à elle seule, la moitié de la taille de la Barbade. Elle compte un peu plus de 150 000 habitants, et l’un d’eux est la Dre Eleanor Gittens. Native de la Barbade, la Dre Gittens est professeure au Georgian College et enseigne au programme universitaire de formation policière. Les principaux cours qu’elle donne actuellement portent sur les méthodes de recherche, la cybercriminalité, les problèmes de santé mentale dans les services policiers et les mouvements sociaux contemporains.
« Ce qui me passionne, c’est la recherche, dit-elle. J’aime faire des recherches avec les services de police, surtout lorsqu’ils ont une question ou une préoccupation, mais ne savent pas comment s’y prendre pour obtenir les preuves ou les données à partir de ce qu’ils ont déjà. Je peux les aider à y répondre. »
L’une de ces questions concernait les appels provenant d’établissements locaux de soins de longue durée de la ville d’Orillia. Le service de police de la PPO de la région a communiqué avec la Dre Gittens parce qu’il était préoccupé par le fait qu’il recevait de ces établissements trop d’appels de service qui ne nécessitaient pas la présence de la police. Étant donné que toute possibilité de recherche peut être intégrée à l’enseignement, la Dre Gittens et quelques-uns de ses étudiants ont créé une équipe de recherche chargée d’examiner la question. L’équipe a examiné tous les appels effectués pendant une certaine période pour déterminer ce que les preuves montraient.
Elle a découvert que la police provinciale de l’Ontario avait raison : de 60 % à 70 % des appels provenant d’établissements de soins de longue durée ne nécessitaient pas la présence de la police. Dans beaucoup de cas, les résidents appelaient le 9-1-1 directement de leur chambre pour une raison futile comme avoir égaré leur télécommande. La Dre Gittens et ses étudiants ont présenté leurs conclusions à la fois au service de police et aux établissements de soins de longue durée (et lors du congrès de la SCP de cette année-là).
Leurs recommandations ont conduit à des changements tant au service de police que dans les centres de soins eux-mêmes. Les organismes de soins de longue durée ont modifié la façon dont leurs résidents accèdent aux téléphones et les processus par lesquels le personnel communique avec les services d’urgence. La police a modifié ses politiques en ne se contentant pas de déterminer quand intervenir, mais en modifiant la manière dont elle répond aux appels de ces établissements afin de s’assurer que l’intervention est adaptée à la situation.
La plupart des étudiants qui suivent les cours de la Dre Gittens deviennent des policiers. Ces dernières années, l’accent a été mis sur les préjugés implicites dans le travail de la police et sur les conséquences de ces préjugés, en particulier pour les communautés de couleur.
« Souvent, les policiers se font une idée de l’identité des criminels et de l’endroit où se déroule l’activité criminelle en fonction de leurs propres préjugés et des sentiments qu’ils ont développés au fil du temps en travaillant sur le terrain, explique-t-elle. L’une des choses que nous essayons de faire lorsqu’il s’agit des droits de la personne et de la justice sociale est de briser certains de ces préjugés afin que les gens puissent commencer à voir les choses pour ce qu’elles sont plutôt que de les voir à travers le prisme de leurs préjugés. »
Alors, comment déconstruire certains de ces préjugés avant que ces étudiants obtiennent leur diplôme et deviennent des policiers un peu partout au Canada, au service de communautés très différentes ayant des besoins et des problèmes systémiques très différents? Même si, selon elle, il est impossible de se débarrasser entièrement des préjugés, la Dre Gittens s’est dit que le meilleur moyen de pousser les futurs policiers dans cette direction serait d’emmener ses étudiants – qui sont majoritairement blancs – à un endroit où ils constitueraient la minorité, loin de leur environnement social habituel. Les étudiants se trouvent à Orillia, une ville très peu diversifiée. La Dre Gittens est la seule professeure noire du Georgian College. Alors, où emmener ces étudiants?
À la Barbade. Elle les emmène à la Barbade.
« La Barbade est à 95 % noire. Les étudiants peuvent explorer la nourriture et la culture et visiter les postes de police et la prison. [Oui, il n’y a qu’une seule prison à la Barbade.] Nous avons déjà fait une visite de la Cour suprême, où les étudiants ont pu assister à une audience. Lors de ces voyages, ils ont l’occasion de voir certaines des subtilités du rôle de la culture dans le comportement des gens, la façon dont ils pensent et la façon dont ils sont perçus. Ce n’est qu’une expérience pour eux, mais je pense que c’est mieux que pas d’expérience du tout. »
Il est difficile de comprendre l’impact de la culture et de la tradition tant que l’on n’est pas en plein milieu d’une culture qui n’est pas la sienne. Bien sûr, les étudiants adorent l’expérience.
« Non seulement tous les étudiants aiment leur expérience, mais c’est aussi ce que recherchent les services de police de nos jours. Lorsque que je dois fournir des références pour un étudiant qui se destine au métier de policier, l’une des questions que posent les employeurs est : « que savez-vous de son point de vue sur la diversité? » Lorsqu’il s’agit d’un étudiant que j’ai emmené en voyage, je peux parler de la façon dont il s’est comporté pendant sa visite. Qu’est-ce qui le distingue des autres étudiants? Comment a-t-il accueilli, par exemple, la nourriture? Il y a des gens qui refusent de goûter à de nouveaux plats, simplement parce qu’ils ne les connaissent pas ou ne les comprennent pas! La peur est une émotion qui peut vraiment paralyser les gens. »
La Dre Gittens aime aider ses étudiants à améliorer leurs compétences culturelles dans sa vie professionnelle, et aime voyager dans sa vie personnelle. Malheureusement, les voyages avec ses étudiants et ses voyages personnels ont dû être mis en veilleuse durant la pandémie. Un jour, tout cela sera à nouveau possible. En attendant, la Dre Gittens se réjouit à l’idée d’amener d’autres étudiants à la Barbade pour qu’ils découvrent la culture, l’atmosphère et, bien sûr, la cuisine. Petit conseil pour quiconque y ira : « Goûtez au poisson! ».
Dre Helen OfosuFévrier, c’est le Mois de l’histoire des Noirs, et la SCP met en vedette des psychologues noirs contemporains tout au long du mois – comme la Dre Helen Ofosu, qui aide les organisations à combattre le racisme structurel grâce à son entreprise I/O Advisory Services Inc., à Ottawa.
La Dre Helen Ofosu est une psychologue du travail et des organisations, une coach pour cadres et une conseillère en ressources humaines, qui a fondé I/O Advisory Services Inc., un cabinet de conseil établi à Ottawa. Elle possède une vaste expérience de travail avec les organisations et de la lutte contre le racisme structurel à plusieurs échelons.
« En général, je travaille avec des organisations, comme les ministères, les entreprises du secteur privé ou les organismes sans but lucratif, qui, souvent, me demandent de les aider à rendre plus inclusif leur processus d’embauche ou à améliorer leur culture organisationnelle. Au cours des dernières années, j’ai fait beaucoup de formations sur l’équité, la diversité et l’inclusion, auxquelles s’est ajoutée la problématique de l’antiracisme et de la lutte contre l’oppression.
Cet hiver, ce qui m’enthousiasme le plus, c’est de travailler avec un grand ministère sur un programme de mentorat assez unique. Nous dispensons une formation initiale aux mentors pour nous assurer qu’ils comprennent certains des problèmes rencontrés par les employés racisés qu’ils tentent d’encadrer. L’idée derrière cette formation est que, avec une plus grande sensibilisation et une meilleure compréhension, les mentors ne contribueront pas à certains des problèmes auxquels sont confrontés les employés racisés. En outre, en acquérant une vision plus réaliste, les mentors pourront mieux cibler leurs interventions. Il s’agit d’une formation pour les mentors, mais aussi d’un accompagnement pour les mentorés, au-delà du soutien apporté par les mentors.
En gros, l’objectif au cœur de la formation est de soutenir les personnes et même les organisations qui sont aux prises avec des problèmes en rapport avec l’intimidation et le harcèlement et, bien sûr, avec diverses formes de discrimination. »
La Dre Ofosu a récemment parlé de la « Grande Démission » et écrit sur le sujet. Dans les deux dernières années, depuis le début de la pandémie, elle a remarqué que beaucoup d’employés racisés décident de changer de travail, car ils se rendent compte qu’en travaillant à domicile, ils ne sont plus soumis aux outrages quotidiens qu’ils subissent dans un lieu de travail physique.
« Ce genre de choses se produit depuis des années, mais maintenant, les gens ne sont plus dans l’environnement habituel, et ils ont la tranquillité d’esprit que procure le fait de pouvoir travailler sans se soucier des microagressions, ou craindre de se faire regarder de travers ou d’être exclus des pauses-café, des déjeuners et des conversations. Lorsque tout cela disparaît, les gens se sentent beaucoup plus détendus car ils peuvent se concentrer sur leur travail.
Je crois que le véritable déclencheur a eu lieu à l’été 2021, au moment où de nombreuses organisations planifiaient le retour au travail de leurs employés. Ce n’est que lorsque les gens ont commencé à réaliser “Oh mon Dieu, je vais peut-être devoir retourner au bureau” qu’ils se sont mis à se dire “Un instant! Je ne pense pas être capable de retourner au bureau. Je ne veux pas retourner au bureau! Je ne veux pas retourner à ce que les choses étaient avant” ».
Pendant tout ce temps de réflexion, beaucoup de gens ont jugé qu’il était opportun pour eux de changer d’emploi et de trouver un lieu de travail où il y a plus de représentation, plus d’inclusion, plus de diversité, en somme, un milieu où il y a une meilleure culture organisationnelle. D’après ce que j’ai vu, les gens réfléchissent à plein de choses pendant la pandémie. Ils tentent donc de trouver un emploi où ils peuvent être eux-mêmes et se concentrer sur leur travail au lieu de chercher continuellement à se protéger contre les agressions psychologiques. »
Dans une certaine mesure, comme elle est travailleuse autonome, la Dre Ofosu est protégée personnellement contre ce genre de choses. Il est heureux qu’elle continue à faire son travail, car elle est parmi les très rares psychologues noirs à faire ce travail dans cet espace – un travail qui est plus que jamais d’actualité, et qui a plus d’importance et d’impact qu’il n’en a jamais eu.
Charles Henry TurnerCharles Henry Turner was a zoologist, one of the first 3 Black men to earn a PhD from Chicago University. Despite being denied access to laboratories, research libraries, and more, his extensive research was part of a movement that became the field of comparative psychology.
Dr. Turner was a civil rights advocate in St. Louis, publishing papers on the subject beginning in 1897. He suggested education as the best means of combatting racism, and believed in what would now be called a ‘comparative psychology’ approach.
Charles Henry Turner was a zoologist, one of the first 3 Black men to earn a PhD from Chicago University. He became the first person to determine insects can distinguish pitch. He also determined that social insects, like cockroaches, can learn by trial and error.
Despite an impressive academic record, Dr. Turner was unable to find work at major American universities. He published dozens of papers, including three in the journal 'Science', while working as a high school science teacher in St. Louis.
Despite being denied access to laboratories, research libraries, and more, his extensive research was part of a movement that became the field of comparative psychology.
Dr. Turner was a civil rights advocate in St. Louis, publishing papers on the subject beginning in 1897. He suggested education as the best means of combatting racism, and believed in what would now be called a 'comparative psychology' approach. He retired from teaching in 1922, and died at the age of 56 on Valentine's Day in 1923.
Photo: biography.com
Keturah WhitehurstA mentor to countless black psychologists, Keturah Whitehurst’s contributions to psychology extend beyond her own work to the work of her protégés that continues today.
Keturah Whitehurst was the first African-American woman to intern at the Harvard Psychological Clinic, and the first Black psychologist to be licensed in Virginia. She created the first counseling service at Virginia State College.

She received her Master's from the historically Black research university Howard in the 40s, and a PhD from Radcliffe in the 50s. She was a mentor to many future leaders in Black psychology - notably Aubrey Perry, who was the first Black person to graduate with a PhD in psychology from Florida State.
Dr. Whitehurst died in 2000, at the age of 88.
Photo from Kirsten's Psychology Blog
Dr. Olivia HookerAs a psychologist, Dr. Olivia Hooker worked to change the unfair treatment inflicted upon inmates at a New York State women’s correctional facility. In 1963 she went to work at Fordham University as an APA Honours Psychology professor, and was an early director at the Kennedy Child Study Center in New York City.
Olivia Hooker was six years old when she lived through the 1921 Tulsa race massacre in the Greenwood District of Tulsa, Oklahoma. She went on to become the first Black woman in the US Coast Guard, joining during World War II in February of 1945. She later went back to the Coast Guard, joining the Auxiliary in Yonkers, NY at the age of 95 in 2010.

Her GI benefits allowed her to get a Masters from Columbia University, followed by a PhD in psychology at the University of Rochester.
As a psychologist, Hooker worked to change the unfair treatment inflicted upon inmates at a New York State women's correctional facility. In 1963 she went to work at Fordham University as an APA Honours Psychology professor, and was an early director at the Kennedy Child Study Center in New York City.
Honoured by the American Psychological Association, the Coast Guard, President Obama, and a Google Doodle, Olivia Hooker died in 2018 at the age of 103.
#BlackHistoryMonth
Inez Beverly ProsserInez Beverly Prosser was a Texas native who taught in segregated schools in the early 1900s. She travelled to the University of Cincinnati to obtain her doctorate in 1933, making her the first Black woman with a PhD in psychology.
Very little is known about Inez Beverly Prosser, a Texas native who taught in segregated schools in the early 1900s. Her state's universities were segregated, so she travelled to the University of Cincinnati to obtain her doctorate in 1933, making her the first Black woman with a PhD in psychology.
Sadly, Dr. Prosser was killed in a car accident a year after earning her PhD, but her dissertation was widely discussed for years afterward. She found that Black students in segregated schools had better mental health and social skills than those in integrated schools - in large part because of the prejudicial attitudes of the white teachers in those integrated schools. https://feministvoices.com/profiles/inez-beverly-prosser
Kenneth & Mamie Phipps ClarkFebruary is Black History Month and to celebrate and acknowledge the contributions that Black Psychologists have made to the discipline and the world, the CPA will be highlighting historically significant Black Psychologists throughout the month (#BlackHistoryMonth).
Kenneth & Mamie Phipps Clark were psychologists famous for their ‘doll experiment’. Their findings, that even black children showed preference for white dolls from as early as three years old, played a role in outlawing segregation.
